Page:Darien - La Belle France.djvu/140

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aux Prussiens la poignée en avant, qui donna le signal du feu contre les Français de Paris, de Fourmies et d’ailleurs, qui égorgea des nègres sans défense et coupa leurs bourses après avoir coupé leurs gorges. J’écris que cette lame qu’Esterhazy, à l’image de tant d’autres, sut utiliser comme pince-monseigneur, et qu’Anastay essaya vainement de croiser avec le couperet du bourreau, sera brisée par l’épée de l’ennemi ou rompue entre les poings du peuple. Cette lame, dont les moulinets émerveillent la foule imbécile, n’est pas l’arme dont doit se servir la France dans une lutte qui est proche, probablement, et qui sera suprême, certainement. Ces officiers ne sont pas ceux qui doivent mener au feu les troupes de la République française dans une guerre où elles combattront, forcément, pour la liberté et l’égalité.

L’armée française est, de nom, une armée démocratique ; elle le deviendra, en fait, à l’heure d’une déclaration de guerre. Alors, des idées vagues encore se préciseront, des faits qu’on soupçonne à peine s’affirmeront ; une guerre entre la France et un autre grand pays ne sera pas seulement une guerre internationale, politique ; elle sera une guerre sociale, civile pour ainsi dire. S’il devait en être autrement, par impossible et par malheur, la France n’aurait pas besoin d’engager la lutte ; elle serait vaincue d’avance. Les officiers qui dirigeront les forces françaises devront donc être des hommes d’un savoir et d’une intelligence indubitables, deux choses qu’on trouve quelquefois sous l’uniforme, mais rarement. Ils ne devront point, par dessus tout, être recrutés parmi les capitulards de 1870, les descendants d’émigrés, les fils de chouans, qui constituent la majorité des officiers d’aujourd’hui. Il faut que la France ait réellement bien peu conscience d’elle-même, qu’elle soupçonne bien peu le rôle qu’elle est fatalement appelée à jouer, pour avoir permis à ces gens-là d’occuper à la tête de son armée et de sa flotte les situations dont ils s’enorgueillissent.

Les qualités, la compétence, qu’ils ont déployées dans les postes qui leur furent confiés n’ont rien eu de préci-