Page:Darien - La Belle France.djvu/163

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


gens qui ne partagent point leurs opinions. Avec bien du mal, ils l’ont trouvée. Ils appellent ces gens-là des Intellectuels. Dans la France d’aujourd’hui, la belle France des culottes de peau, des mouchards et des marguilliers, il ne fait pas bon être un Intellectuel.

— Des Intellectuels, dit Millevoye, n’en faut pas. Il faut des généraux, des curés, et de la police. Vive l’armée ! Vive la revanche !

La revanche !… Millevoye, les Intellectuels auront la leur.



Voici la suprême conclusion de la sagesse : celui-là seul gagne pour lui-même la liberté et la vie qui résout de les conquérir chaque jour.
Gœthe.


Toute guerre est nécessairement, non pas par définition mais par effet, une guerre de conquête. Une conquête se compose de deux éléments : la prise de possession d’un territoire ou l’imposition d’un tribut, acte disputable, généralement blâmable, mais pas toujours ; et l’expansion d’idées appartenant soit au vainqueur, soit au vaincu, soit à tous deux — acte bienfaisant et fécond car il prépare et produit des conflits intellectuels tôt ou tard utiles au progrès humain. À mesure que le premier élément de la conquête disparaît, devient impossible et superflu, le second élément se développe et prend une importance qui s’augmente sans cesse. Les idées, en effet, sont aujourd’hui liées aux faits, les incarnent, en deviennent l’expression de plus en plus juste et de plus en plus simple ; les absorbent, pour ainsi dire. Nous cessons virtuellement de vivre dans un monde d’abstractions et de chimériques espoirs ; nous nous faisons peu à peu, et souvent à notre insu, un univers de certitudes idéales qui sont la cristallisation de réalités matérielles.