Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/107

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l’abbé Germane murmurer : « L’imbécile ! » et les clefs de son rival grincer férocement.

Ce premier enthousiasme apaisé, M. le principal frappe dans ses mains pour réclamer le silence.

— Maintenant, Viot, à votre tour ! après la Muse badine, la Muse sévère.

M. Viot tire gravement de sa poche un cahier relié, gros de promesses, et commence sa lecture en jetant sur le petit Chose un regard de côté.

L’œuvre de M. Viot est une idylle, une idylle toute virgilienne en l’honneur du règlement. L’élève Ménalque et l’élève Dorilas s’y répondent en strophes alternées… L’élève Ménalque est d’un collège où fleurit le règlement ; l’élève Dorilas, d’un autre collège d’où le règlement est exilé… Ménalque dit les plaisirs austères d’une forte discipline ; Dorilas, les joies infécondes d’une folle liberté.

À la fin, Dorilas est terrassé. Il remet entre les mains de son vainqueur le prix de la lutte, et tous deux, unissant leurs voix, entonnent un chant d’allégresse à la gloire du règlement.

Le poème est fini… Silence de mort !… Pendant la lecture, les enfants ont emporté leurs assiettes à l’autre bout de la prairie, et mangent leurs pâtés, tranquilles, loin, bien loin, de l’élève Ménalque et de l’élève Dorilas. M. Viot les regarde de sa place avec un sourire amer… Les professeurs ont tenu bon, mais pas un n’a le courage d’applaudir… Infortuné M. Viot ! c’est une vraie déroute… Le principal essaie de le consoler : « Le sujet était aride, messieurs, mais le poète s’en est bien tiré. »