Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/137

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C’était dit gravement, tranquillement, d’un ton qui m’effraya.

— Mais que voulez-vous faire ? m’écriai-je.

Roger ne répondit rien ; seulement il entrouvrit sa veste et me laissa voir dans sa poche la crosse luisante d’un pistolet.

Je m’élançai vers lui, tout ému :

— Vous tuer, malheureux ? vous voulez vous tuer ?

Et lui, très froidement :

— Mon cher, quand j’étais au service, je m’étais promis que si jamais, par un coup de ma mauvaise tête, je venais à me faire dégrader, je ne survivrais pas à mon déshonneur. Le moment est venu de me tenir parole… Dans cinq minutes je serai chassé du collège, c’est-à-dire dégradé ; une heure après, bonsoir ! j ’avale ma dernière prune.

En entendant cela, je me plantai résolument devant la porte.

— Eh bien, non ! Roger, vous ne sortirez pas… J’aime mieux perdre ma place que d’être cause de votre mort.

— Laissez-moi faire mon devoir, me dit-il d’un air farouche, et, malgré mes efforts, il parvint à entrouvrir la porte.

Alors, j’eus l’idée de lui parler de sa mère, de cette pauvre mère qu’il avait quelque part dans un coin. Je lui prouvai qu’il devait vivre pour elle, que moi j’étais à même de trouver facilement une autre place, que d’ailleurs, dans tous les cas, nous avions encore huit jours devant nous, et que c’était