Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/182

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destin à me faire écrire sous la dictée toute ma vie !…

Eh bien, alors, mettez-vous là, reprit le marquis… Voici du papier et de l’encre. Nous allons travailler tout de suite. J’en suis au chapitre XXIV : Mes démêlés avec M. de Villèle. Écrivez… »

Et le voilà qui se met à me dicter d’une petite voix de cigale, en sautillant d’un bout de la pièce à l’autre.

C’est ainsi, mon Daniel, que je suis entré chez cet original, lequel est au fond un excellent homme. Jusqu’à présent, nous sommes très contents l’un de l’autre ; hier au soir, en apprenant ton arrivée, il a voulu me faire emporter pour toi cette bouteille de vin vieux. On nous en sert une comme cela tous les jours à notre dîner, c’est te dire si l’on dîne bien. Le matin, par exemple, j’apporte mon déjeuner ; et tu rirais de me voir manger mes deux sous de fromage d’Italie dans une fine assiette de Moustiers sur une nappe à blason. Ce que le bonhomme en fait, ce n’est pas par avarice, mais pour éviter à son vieux cuisinier, M. Pilois, la fatigue de me préparer mon déjeuner… En somme, la vie que je mène n’est pas désagréable. Les mémoires du marquis sont fort instructifs, j’apprends sur M. Decazes et M. de Villèle une foule de choses qui ne peuvent pas manquer de me servir un jour ou l’autre. À huit heures du soir, je suis libre. Je vais lire les journaux dans un cabinet de lecture, ou bien encore dire bonjour à notre ami Pierrotte…

Tu te rappelles, l’ami Pierrotte ? tu sais ! Pierrotte