Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/209

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sur le parquet l’air monotone à trois notes. Quant au ’tolocototignan’, il paraît que c’est une sorte d’onomatopée, très répandue chez les Nègres du Cap, quelque chose comme lon, lan, la ; les Pierre Dupont en ébène mettent de ça dans toutes leurs chansons.

À partir de ce jour, ai-je besoin de le dire ? le voisinage de Coucou-Blanc ne me donna plus autant de distractions. Le soir, quand elle montait, mon cœur ne trottait plus si vite ; jamais je ne me dérangeais plus pour aller coller mon oreille à la cloison… Quelquefois pourtant, dans le silence de la nuit, les tolocototignan venaient jusqu’à ma table, et j’éprouvais je ne sais quel vague malaise en entendant ce triste refrain ; on eût dit que je pressentais le rôle qu’il allait jouer dans ma vie…

Sur ces entrefaites, ma mère Jacques trouva une place de teneur de livres à cinquante francs par mois chez un petit marchand de fer, où il devait se rendre tous les soirs en sortant de chez le marquis. Le pauvre garçon m’apprit cette bonne nouvelle, moitié content, moitié fâché. « Comment feras-tu pour aller là-bas ? » lui-dis-je tout de suite. Il me répondit, les yeux pleins de larmes : « J’irai le dimanche. » Et dès lors, comme il l’avait dit, il n’alla plus là-bas que le dimanche, mais cela lui coûtait, bien sûr.

Quel était donc ce là-bas si séduisant qui tenait tant à cœur à ma mère Jacques ?… Je n’aurais pas été fâché de le connaître. Malheureusement on ne