Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/236

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répondais pas, mademoiselle Pierrotte se tourna de mon côté et, levant ses grands cils qu’elle avait tenus baissés jusqu’alors, elle me regarda… Je mens. Ce n’est pas elle qui me regarda ; mais les yeux noirs tout mouillés de larmes et chargés de tendres reproches. Ah ! ces chers yeux noirs, délices de mon âme !

Ce ne fut qu’une apparition. Les longs cils se baissèrent presque tout de suite, les yeux noirs disparurent ; et je n’eus plus à côté de moi que mademoiselle Pierrotte. Vite, vite, sans attendre une nouvelle apparition, je me mis à parler de Jacques. Je commençai par dire combien il était bon, loyal, brave, généreux. Je racontait ce dévouement qui ne se lassait pas, cette maternité toujours en éveil, à rendre une vraie mère jalouse. C’est Jacques qui me nourrissait, m’habillait, me faisait ma vie. Dieu sait au prix de quel travail, de quelles privations. Sans lui, je serais encore là-bas, dans cette prison noire de Sarlande, où j’avais tant souffert, tant souffert…

À cet endroit de mon discours, mademoiselle Pierrotte parut s’attendrir, et je vis une grosse larme glisser le long de sa joue. Moi, bonnement, je crus que c’était pour Jacques et je me dis en moi-même : « Allons ! voilà qui va bien. » Là-dessus, je redoublai d’éloquence. Je parlai des mélancolies de Jacques et de cet amour profond, mystérieux qui lui rongeait le cœur. Ah ! Trois et quatre fois heureuse la femme qui…

Ici la petit rose rouge que mademoiselle Pierrette