Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/282

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papier de nacre, retroussa la manche de son peignoir et se mit à déclamer.

Bien ou mal ? Le petit Chose eût été fort empêché pour le dire. Ébloui par ce beau bras de neige, fasciné par cette chevelure d’or qui s’agitait frénétiquement, il regardait et n’écoutait pas. Quand la dame eut fini, il applaudit plus fort que personne et déclara à son tour que Rachel n’était qu’une grue, une vraie grue.

Il en rêva toute la nuit de ce bras de neige et de ce brouillard d’or. Puis, le jour venu, quand il voulut s’asseoir devant l’établi aux rimes, le bras enchanté vint encore le tirer par la manche. Alors, ne pouvant pas rimer, ne voulant pas sortir, il se mit à écrire à Jacques, et à lui parler de la dame du premier.

« … Ah ! mon ami, quelle femme ! Elle sait tout, elle connaît tout. Elle a fait des sonates, elle a fait des tableaux. Il y a sur sa cheminée une jolie Colombine en terre cuite qui est son œuvre. Depuis trois mois, elle joue la tragédie, et elle la joue bien mieux que la fameuse Rachel. ─ Il paraît décidément que cette Rachel n’est qu’une grue. ─ Enfin, mon cher, une femme comme tu n’en as jamais rêvé. Elle a tout vu, elle a été partout. Tout à coup elle vous dit : « Quand j’étais à Saint-Pétersbourg… » Puis au bout d’un moment, elle vous apprend qu’elle préfère la rade de Rio à celle de Naples. Elle a un kakatoës qu’elle a ramené des îles Marquises, une Négresse qu’elle a prise en passant à Port-au-Prince… Mais au fait, tu la connais,