Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/284

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frappa doucement à la porte. C’était la dame du premier qui lui envoyait, par Coucou-Blanc, une invitation pour venir au Théâtre-Français, entendre la grue dans sa loge. Il aurait accepté de bon cœur, mais il songea qu’il n’avait pas d’habit et fut obligé de dire non. Cela le mit de fort méchante humeur.

« Jacques aurait dû me faire faire un habit, se disait-il… C’est indispensable… Quand les articles paraîtront, il faudra que j’aille remercier les journalistes… Comment faire si je n’ai pas d’habit ?… » Le soir, il alla au passage du Saumon ; mais cette visite ne l’égaya pas. Le Cévenol riait fort ; mademoiselle Pierrotte était trop brune. Les yeux noirs avaient beau lui faire signe et lui dire doucement : « Aimez-moi ! » dans la langue mystique des étoiles, l’ingrat ne voulait rien entendre… Après dîner, quand les Lalouette arrivèrent, il s’installa triste et maussade dans un coin, et, tandis que le tableau à musique jouait ses petits airs, il se figurait Irma Borel trônant dans une loge découverte, les bras de neige jouant de l’éventail, le brouillard d’or scintillant sous les lumières de la salle. « Comme j’aurais honte si elle me voyait ici ! » songeait-il.

Plusieurs jours se passèrent sans nouveaux incidents. Irma Borel ne donnait plus signe de vie. Entre le premier et le cinquième étage, les relations semblaient interrompues. Toutes les nuits, le petit Chose, assis à son établi entendait entrer la victoria de la dame, et, sans qu’il y prît garde, le roulement sourd de la voiture, le « Porte, s’il vous