Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/299

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trouver un Eliacin, un enfant capable d’apprendre son rôle en trois jours ?… Consternation générale. Tout à coup, Irma Borel se tourne vers moi :

« ─ Au fait Dani-Dan, si vous vous en chargiez ?

« ─ Moi ? Vous plaisantez… À mon âge !…

« — Ne dirait-on pas que c’est un homme… Mais mon petit, vous avez l’air d’avoir quinze ans ; en scène, costumé, maquillé, vous en paraîtrez douze… D’ailleurs, le rôle est tout à fait dans le caractère de votre tête. »

« Mon cher ami, j’eus beau me débattre. Il fallut en passer par où elle voulait, comme toujours. Je suis si lâche…

« La représentation eut lieu… Ah ! si j’avais le cœur à rire, comme je t’amuserais avec le récit de cette journée… On avait compté sur les directeurs du Gymnase et du Théâtre-Français ; mais il paraît que ces messieurs avaient affaire ailleurs, et nous nous contentâmes d’un directeur de la banlieue, amené au dernier moment. En somme, ce petit spectacle de famille n’alla pas trop de travers… Irma Borel fut très applaudie… Moi, je trouvais que cette Athalie de Cuba était trop emphatique, qu’elle manquait d’expression, et parlait le français comme une… fauvette espagnole mais, bah ! ses amis les artistes n’y regardaient pas de si près. Le costume était authentique, la cheville fine, le cou bien attaché… C’est tout ce qu’il leur fallait. Quant à moi, le caractère de ma tête me valut aussi un très beau succès, moins beau pourtant que celui du