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L’intérieur du palais devait l’étonner davantage.

Dès le seuil, de charmantes jeunes filles accoururent saluer Marjolaine et son hôte, leurs corps blancs et souples se dérobaient sous la gaze impalpable de tuniques plissées. Leurs cheveux blonds flottaient en un parfum d’encens. Elles manifestaient leur joie puérile en dansant et, gracieuses, paraissaient ne plus tenir au sol.

Plus loin, des enfants divins conduisirent le poète en une immense salle où mille glaces d’argent reflétaient sa silhouette devenue élégante. La Fée Marjolaine s’assit sur un trône aux reflets d’or et invita Amaury auprès d’elle. Les jeunes filles vinrent offrir des coupes d’un nectar embaumé. Amaury s’en grisa, et son ivresse fut toute spirituelle. Il jouit, plein de béatitude, d’un concert de harpes invisibles et mélodieuses. Cette musique devenait atmosphère ; Amaury la respirait, elle chantait en lui, enveloppait l’univers. Elle ne cessa pas, mais mourut comme s’éteignent les lueurs d’un couchant. Puis, ce fut un chœur de voix jeunes et fraîches qui se fit murmure.

Ces chants ne troublaient pas le silence reposant.

Marjolaine offrit des bonbons comme seul ce pays pouvait en connaître. Ils avaient le pouvoir de rendre immatériel et subtil. Amaury se sentit léger comme l’éther et il suivit la Fée Marjolaine faisant les honneurs de son domaine. Ils visitèrent des salles faites de pétales multicolores, des cours entourées de portiques élégants où les jets d’eau de senteur bruissaient agréablement parmi les grappes de roses. Ils virent des colonnes ciselées, de la dentelle de marbre qu’un miracle seul pouvait soutenir ; ils admirèrent des statues aux formes divines.

Sur un lac bleu glissaient les blancheurs immaculées de