Page:De Charrière - Bien-né. Nouvelles et anecdotes. Apologie de la flatterie.djvu/26

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rigueur de cette eſpece n’eût été mieux motivée : cependant, Sire, loin de vous demander un acte arbitraire de votre pouvoir en cette occaſion, je ſupplie votre majeſté de rejetter ma demande ſi jamais j’ai la foibleſſe de vous la faire. Mon fils, tout coupable qu’il eſt aux yeux de la raiſon & de la délicateſſe, ne l’eſt point encore aux yeux de la loi ; il n’a point encore du craindre de perdre la liberté ; cette peine ne lui étoit point annoncée, comme devant punir les actions qu’on lui reproche : elle ne doit donc pas en être la ſuite : ce ſeroit une perfidie que le pouvoir exécutât contre lui ce dont la loi ne l’a point menacé : la fortune qu’il diſſipe ſi follement, ſi honteuſement, c’eſt la ſienne ; ce n’eſt pas encore celle de ſes enfans : quand moi, quand leurs autres parens n’aurions pas de quoi les vêtir ni les nourrir, le bien de leur pere n’en ſeroit pas plus à eux ; & nous ſommes auſſi peu en droit de l’en priver de leur part qu’un mendiant de voler un riche. L’on ne ceſſe de me dire qu’il me faudra bien avoir recours à vos bontés & à votre pouvoir, lorſque