Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/172

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dans un coin où elle attendit le moment de souper.

Quand parurent des gigots précédés, en guise de fourriers, de pommes de terre fumantes, suivies d’une arrière garde de saucières et de soucoupes remplies de cornichons, ce qui était dans la caisse parut s’émouvoir, le coucou cria sept fois, l’horloge sonna vingt-quatre heures, la caisse s’éleva en oscillant au plafond et découvrit successivement des pieds longs, des jambes maigres, un pantalon blanc, un court paletot noir, le visage pâle, le front élevé et la chevelure blanchâtre de Hendrik Zantas, le peintre de genre. Hendrik s’assit à table, mit sa serviette sur ses genoux, secoua le brouillard de ses cheveux et dit : J’ai faim. Il mangea.

Vint le dessert et avec lui le bourgogne parfumé, puis des joyeux propos : les chansons sortirent des verres ; la gaieté brilla dans tous les yeux ; un piano chanta de ravissantes mélodies ; croate, patagon, paillasse et capucin se renvoyèrent comme des balles, les traits d’esprit et les saillies ; les fumées du vin peuplèrent la salle de joyeux fantômes, les plus pâles rougirent, les plus froids s’animèrent, la pensive mélancolie s’enfuit effarouchée, la tristesse boiteuse s’éloigna clopin-clopant sur ses béquilles.

Hendrik cessa de manger, but pour quatre, fut gai pour dix, dansa sur la table et roula dessous. Sentant alors que