Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/22

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— Ne me regardez pas ainsi, dit-elle, voulez-vous ?

— Ne pas te regarder, s’écria Isaac, mais tu ne sais donc pas que tu es belle entre toutes ; tu ne sais pas que j’aime comme un fou ton beau visage, tes yeux d’ange, ton bon cœur. Tu ne sais pas combien d’heures j’ai passées à regarder ton portrait gravé dans ma pensée. Je voyais alors ce chaste bonnet blanc, cette plaque d’or qui brille sans le cacher, sur ton front pur. Que de fois modeste soupirant, je t’ai contemplée de loin allant au temple, coiffée de ton joli chapeau de paille, parée de ton collier de corail à large agrafe d’or ; chaussée de petits souliers de velours à boucle d’argent, tandis que ta taille svelte et ton beau corps se dessinaient sous ton corsage de soie changeante et que les gros plis de ton jupon bleu à raies mates et brillantes trahissaient le gracieux et divin mouvement de tes hanches.

— Ce ne seraient pas des habits que j’aimerais, moi, Isaac, dit Anna.

Isaac n’entendit ou ne comprit point.

— Ha ! poursuivit-il avec plus d’enthousiasme, plus belle qu’une reine ! plus belle que la fiancée du bel archange déchu ! Anna ! si nous étions seuls, loin du bruit, loin du monde, nous inventerions le bonheur, si Dieu ne l’avait déjà fait pour ceux qui s’aiment.