Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/36

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qui indiquait son insensibilité profonde à l’endroit des paroles outrageantes d’Hermann.

C’était en novembre, il faisait un froid de loup ; il allait neiger ; Anna était vêtue de soie et de velours noirs, elle portait un jupon anglais à larges raies rouges : Dirk ne la quittait pas du regard : Ce jupon, dit-il tout à coup, brille comme une fleur dans la boue, c’est une invention diabolique ; rouge et noir, les couleurs de l’amour, la tristesse et le feu. Comme il lui entoure bien la jambe, comme il appelle bien l’attention sur ces pieds de fée que je baiserai en rêve. Cette femme est excessivement belle ! Vois donc comme elle se tient droite et fière, il y a là du sang jeune, des nerfs sensibles, des muscles forts. Les cheveux bruns ont des reflets roux et dorés, le teint est chaud, le front ouvert, les yeux sont grands. L’étrange regard innocent, curieux et chercheur ; regard d’enfant devenue femme trop tôt. Que lui manque-t-il ? Le bonheur sans doute. Quel bizarre sourire : j’y vois le courage qui se fait gaîté, l’honnête femme qui rit pour ne pas pleurer : la voici qui s’éloigne au bras de son mari, je dois la suivre ; mon cher, c’est un événement dans ma vie que l’apparition de ce jupon rouge !

Dirk suivit Anna jusqu’à la chaussée Saint-Amand où elle habitait. Rien ne ressemble en certains cas, à un voleur,