Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/88

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Son chapeau est couvert de neige, ses épaules sont toutes blanches, les flocons glissent nombreux sur son châle, sa robe de soie et ses souliers qui lui couvrent à peine le bout du pied. Elle marche vite, Braf la suit. Elle arrive ainsi au quai aux Herbes, à la maison d’Hermann. Là elle compte trouver un abri. Elle sonne, on n’ouvre pas. Frissonnante et transie, elle colle l’oreille contre la serrure, pour écouter si elle n’entendra pas un bruit de pas sur l’escalier, elle n’entend rien. On n’ouvre pas, elle frappe de ses petits poings sur la porte, pas de réponse. Elle s’assied sur le seuil, ne sait que penser et se demande si son père est mort ou malade. Une sueur froide lui coule sur tout le corps ; elle voit dans l’eau de la Lys, sur les bateaux, sur le quai, partout mille images confuses et sinistres. — Ha ! dit-elle, pourquoi y a-t-il des portes aux maisons ? Un batelier passait qui revenait du cabaret. — Que fais-tu là, dit-il, belle dame ? — Je frappe, répond Anna, à la maison de mon père. — Il dort, dit le batelier, et celui qui réveillera Hermann dormant, devra faire plus de bruit qu’une trompette. Veux-tu venir t’abriter dans mon bateau ? — Non, j’aime mieux attendre ici. — Comme tu voudras ; le lit est dur et les draps sont humides. Bonne nuit. Le batelier s’éloigne. Anna se promène de long en large devant la maison en regardant les fenêtres silencieuses et la neige