Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/91

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— Écoute donc, mon père. Depuis quelque temps Kattau me voyant souffrir, rôdait autour de moi, et à chaque occasion disait en hochant la tête : « Ha ! si madame savait. Elle habite Gand maintenant. » Je savais mieux qu’elle ce qu’elle voulait m’apprendre ; Isaac me trompait. J’avais essayé de tout pour le ramener, la bonté, la douceur, les caresses, rien ne m’avait réussi ; j’avais employé le suprême moyen, le bien-être à la maison. Tu vas voir comme il m’en a récompensée. Cette nuit, à onze heures, Kattau entre brusquement dans ma chambre : — Madame, dit-elle vivement et à voix basse, elle est ici. — Qui ? — La maîtresse de monsieur. — Sa maîtresse, tu comprends, père, sa maîtresse chez moi, dans cet intérieur dont j’avais voulu faire un séjour sacré de gaieté et de tranquillité d’âme. « Madame, descendez doucement, me dit Kattau, ils sont en bas dans la salle à manger. » Je fais ce que Kattau me dit, je descends, j’arrive au vestibule, je vois un rayon de lumière filtrer sous la porte, j’ouvre, ils étaient là, elle près de lui. Fi ! ivres tous deux, ils avaient soupé chez moi. Des bouteilles, de la nourriture, étaient sur la table. Quelle femme ! une belle poupée, blanche, bouffie, fardée, le regard mort et insolent, grasse d’une graisse maladive. Il se leva d’auprès d’elle, furieux et blasphémant : « Que venez-vous faire