Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/240

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petits inquiſiteurs. Quelles nobles faces ! Ils ont tout pouvoir de corriger, punir, dégrader, livrer aux mains des juges séculiers, avoir leurs priſons, — Ah ! le beau mois de mai ! — faire priſe de corps, pourſuivre les procès sans se servir de la forme ordinaire de juſtice, brûler, pendre, décapiter & creuſer pour les pauvres femmes & filles la foſſe de mort prématurée. Les pinſons chantent dans les arbres. Les bons inquiſiteurs ont l’œil sur les riches. Et le roi héritera. Allez, fillettes, danſer dans la prairie au son des cornemuſes & scalmeyes. Oh ! le beau mois de mai !

Les cendres de Claes battirent sur la poitrine d’Ulenſpiegel.

— Marchons, dit-il à Lamme. Heureux ceux qui tiendront droit le cœur, haute l’épée dans les jours noirs qui vont venir !


VIII


Ulenſpiegel paſſa un jour, au mois d’août, rue de Flandre, à Bruxelles, devant la maiſon de Jean Sapermillemente, nommé ainſi à cauſe qu’en ses colères son aïeul paternel jurait de cette façon pour ne point blaſphémer le très-saint nom de Dieu. Ledit Sapermillemente était maître brodeur de son métier ; mais étant devenu sourd & aveugle par force de buverie, sa femme, vieille commère d’aigre trogne, brodait en sa place les habits, pourpoints, manteaux, souliers des seigneurs. Sa fillette mignonne l’aidait en ce labeur bien payé.

Paſſant devant la suſdite maiſon aux dernières heures claires, Ulenſpiegel vit la fillette à la fenêtre & l’entendit criant :

QuAoût, août,
QuDis-moi, doux mois,
Qui me prendra pour femme,
QuDis-moi, doux mois ?

— Moi, dit Ulenſpiegel, si tu le veux.

— Toi ? dit-elle. Approche que je te regarde.

Mais lui :