Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/248

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de leur cuiſine. Ils ont pris l’égliſe de Sainte-Catholyne pour la déſhonorer, profaner, déconſacrer par leur damnée prédicaſtrerie.

« Qu’eſt-ce que cette tolérance impie & scandaleuſe ? Par les mille diables d’enfer, catholiques mollaſſes, pourquoi ne mettez-vous pas auſſi les armes à la main ? Vous avez, comme ces damnés calviniſtes, cuiraſſes, lances, hallebardes, épées, bragmarts, arbalètes, couteaux, bâtons, épieux, les fauconneaux & coulevrines de la ville.

« Ils sont pacifiques, dites-vous ; ils veulent entendre en toute liberté & tranquillité la parole de Dieu. Ce m’eſt tout un. Sortez de Bruges ! chaſſez-moi, tuez-moi, faites-moi sauter tous ces calviniſtes hors de l’Égliſe. Vous n’êtes point encore partis ! Fi ! vous êtes des poules qui tremblez de peur sur votre fumier ! Je vois le moment où ces damnés calviniſtes tambourineront sur le ventre de vos femmes & de vos filles, & vous les laiſſerez faire, hommes de filaſſe & de pâte molle. N’allez point là-bas, n’allez point… vous mouillerez vos chauſſes en la bataille. Fi, Brugeois ! fi, catholiques ! Voilà qui eſt bien catholiciſé, ô couards poltrons ! Honte sur vous, canes & canards, oies & dindes que vous êtes !

« Ne voilà-t-il pas de beaux prédicants, pour que vous alliez en foule écouter les menſonges qu’ils vomiſſent, pour que les fillettes aillent la nuit à leurs sermons, oui, & pour que, dans neuf mois la ville soit pleine de petits gueux & de petites gueuſes ? Ils étaient quatre là, quatre scandaleux vauriens, qui ont prêché dans le cimetière de l’égliſe. Le premier de ces vauriens, maigre & blême, le laid foirard, était coiffé d’un sale chapeau. Grâce à la coiffe, on ne voyait pas ses oreilles. Qui de vous a vu les oreilles d’un prédicant ? Il était sans chemiſe, car ses bras nus paſſaient sans linge hors de son pourpoint. Je l’ai bien vu, quoiqu’il voulût se couvrir d’un sale petit manteau, & j’ai bien vu auſſi dans ses grègues de toile noire, à jour comme la flèche de Notre-Dame d’Anvers, le trimballement de ses cloches & battant de nature. L’autre vaurien prêchait en pourpoint, sans souliers. Perſonne n’a vu ses oreilles. Et il dut s’arrêter tout court dans sa prédicaſtrerie, & les garçonnets & les fillettes de le huer, diſant : « You ! you ! il ne sait pas sa leçon. » Le troiſième de ces scandaleux vauriens était coiffé d’un sale, vilain petit chapeau, avec une petite plume deſſus. On ne lui voyait pas non plus les oreilles. Le quatrième vaurien, Hermanus, mieux accoutré que les autres, doit avoir été marqué deux fois à l’épaule par le bourreau, oui.

« Ils portent tous sous leur couvre-chef des coiffes de soie graiſſeuſes qui