Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/423

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Et ils se signèrent.

— Qui sonne-là ? demanda Ulenſpiegel.

Lanſaem répondit :

— C’eſt mon aîné, le cadet court dans le village frappant aux portes & criant que le loup eſt pris. Noël à toi !

— Les cendres battent sur mon cœur, répondit Ulenſpiegel.

Soudain le weer-wolf parla & dit :

— Aie pitié de moi, pitié, Ulenſpiegel.

— Le loup parle, dirent-ils, se signant tous. Il eſt diable & sait déjà le nom d’Ulenſpiegel.

— Aie pitié, dit la voix, mande à la cloche de se taire ; elle sonne pour les morts, pitié, je ne suis point loup. Mes poignets sont troués par l’engin ; je suis vieux & je saigne, pitié. Quelle eſt cette voie aiguë d’enfant éveillant le village ? Pitié !

— Je t’ouïs parler jadis, dit véhémentement Ulenſpiegel. Tu es le poiſſonnier, meurtrier de Claes, vampire des pauvres fillettes. Compères & commères, n’ayez nulle crainte. C’eſt le doyen, celui par qui Soetkin mourut de douleur.

Et d’une main le tenant au cou sous le menton, de l’autre il tira son coutelas.

Mais Toria, mère de Betkin, l’arrêta en ce mouvement :

— Prenez-le vif, cria-t-elle.

Et elle lui arracha ses cheveux blancs par poignées, lui déchirant la face de ses ongles.

Et elle hurlait de triſte fureur.

Le weer-wolf, les mains priſes dans l’engin & treſſautant sur le chemin, à cauſe de la vive souffrance :

— Pitié, diſait-il, pitié ! ôtez cette femme. Je donnerai deux carolus. Caſſez ces cloches ! Où sont ces enfants qui crient ?

— Gardez-le vif ! criait Toria, gardez-le vif, qu’il paye ! Les cloches des morts, les cloches des morts pour toi, meurtrier. À petit feu, à tenailles ardentes. Gardez-le vif ! qu’il paye !

Dans l’entretemps, Toria avait ramaſſé sur le chemin un gaufrier à longs bras. Le conſidérant à la lueur des torches, elle le vit, entre les deux plaques de fer profondément gravé de loſanges à la mode brabançonne, mais armé en outre, comme une gueule de fer, de longues dents aiguës. Et quand elle l’ouvrit, ce fut comme une gueule de lévrier.