Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/497

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Houlques, flibots, boyers, crouſtèves, vites comme le vent portant la tempête, comme le nuage portant la foudre. Vive le Gueux !

Boyers & crouſtèves, bateaux plats, gliſſent sur le fleuve. Les flots gémiſſent traverſés, quand ils vont tout droit devant eux, ayant sur la pointe de l’avant le bec meurtrier de leur longue couleuvrine. Vive le Gueux !

Toutes voiles dehors ! toutes voiles dehors, les vaillants navires, les flots les heurtent, les arroſent d’écume.

De nuit & de jour, par la pluie, la grêle & la neige, ils vont ! Chriſt leur sourit dans le nuage, le soleil & l’étoile ! Vive le Gueux !


XV


Le roi de sang apprit la nouvelle de leurs victoires. La mort mangeait déjà le bourreau & il avait le corps plein de vers. Il marchait par les corridors de Valladolid, marmiteux & farouche, traînant ses pieds gonflés & ses jambes de plomb. Il ne chantait jamais, le cruel tyran ; quand le jour se levait, il ne riait point, & quand le soleil éclairait son empire comme un sourire de Dieu, il ne reſſentait nulle joie en son cœur.

Mais Ulenſpiegel, Lamme & Nele chantaient comme des oiſeaux, riſquaient leur cuir, c’eſt Lamme & Ulenſpiegel, leur peau blanche, c’eſt Nele ; vivant au jour le jour, & se réjouiſſaient plus d’un bûcher éteint par les Gueux, que le roi noir n’avait de joie de l’incendie d’une ville.

En ce temps-là, Guillaume le Taiſeux prince d’Orange caſſa de son grade d’amiral meſſire de Lumey de la Marck, à cauſe de ses grandes cruautés. Il nomma meſſire Bouwen Ewoutſen Worſt en sa place. Il aviſa pareillement aux moyens de payer le blé pris par les Gueux aux payſans, de reſtituer les contributions forcées levées sur eux, & d’accorder aux catholiques romains, comme à tous, le libre exercice de leur religion, sans perſécution ni vilenie.