Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/95

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ramaſſer & lui panſer les pieds, qui alors saignent. Et je crois qu’en brûlant le paquet d’étoupes on lui a auſſi brûlé le cerveau dans la tête.

Et tous deux furent marris songeant à Katheline.

Ils vinrent près d’elle & la virent aſſiſe sur un banc au soleil, contre le mur de sa maiſon. Ulenſpiegel lui dit :

— Me reconnais-tu ?

— Quatre fois trois, dit-elle, c’eſt le nombre sacré, & le treizième, c’eſt Thereb. Qui es-tu, enfant de ce méchant monde ?

— Je suis, répondit-il, Ulenſpiegel, fils de Soetkin & de Claes.

Elle hocha la tête & le reconnut ; puis l’appelant du doigt & se penchant à son oreille :

— Si tu vois celui dont les baiſers sont comme neige, dis-lui qu’il revienne, Ulenſpiegel.

Puis montrant ses cheveux brûlés :

— J’ai mal, dit-elle ; ils m’ont pris mon eſprit, mais quand il viendra, il me remplira la tête, qui eſt toute vide maintenant. Entends-tu ? elle sonne comme une cloche ; c’eſt mon âme qui frappe à la porte pour partir, parce qu’il brûle. Si Hanſke vient & ne veut pas me remplir la tête, je lui dirai d’y faire un trou avec un couteau : l’âme qui eſt là, frappant toujours pour sortir, me navre cruellement, & je mourrai, oui. Et je ne dors plus jamais, & je l’attends toujours, & il faut qu’il me rempliſſe la tête, oui.

Et s’affaiſſant, elle gémit.

Et les payſans qui revenaient des champs pour aller dîner, tandis que la cloche les y appelait de l’égliſe, paſſaient devant Katheline en diſant :

— Voici la folle.

Et ils se signaient.

Et Nele & Ulenſpiegel pleuraient, & Ulenſpiegel dut continuer son pèlerinage.


XLI


En ce temps-là pèlerinant il entra au service d’un certain Joſſe, surnommé le Kwaebakker, le boulanger fâché, à cauſe de son aigre trogne. Le Kwaebakker lui donna pour nourriture trois pains raſſis par se-