Page:De Gouges - Les Droits de la femme, 1791.djvu/24

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femme[1] qui doivent être unis, mais égaux en force et en vertu, pour faire un bon ménage.



Il est donc vrai que nul individu ne peut échapper à son sort ; j’en fais l’expérience aujourd’hui.

J’avois résolu & décidé de ne pas me permettre le plus petit mot pour rire dans cette production, mais le sort en a décidé autrement : voici le fait :

L’économie n’est point défendue, sur-tout dans ce tems de misère. J’habite la campagne. Ce matin à huit heures je suis partie d’Auteuil, & me suis acheminée vers la route qui conduit de Paris à Versailles, où l’on trouve souvent ces fameuses guinguettes qui ramassent les passans à peu de frais. Sans doute une mauvais étoile me poursuivoit dès le matin. J’arrive à la barrière où je ne trouve pas même le triste sapin aristocrate. Je me repose sur les marches de cet édifice insolent qui recéloit des commis. Neuf heures sonnent, & je continue mon chemin : une voiture s’offre à mes regards, j’y prends place, et j’arrive à neuf heures un quart, à deux montres différentes, au Pont-Royal. J’y prends le sapin, & je vole chez mon Imprimeur, rue Christine, car je ne peux aller que là si matin : en corrigeant mes épreuves, il me reste toujours quelque chose à faire ; si les pages ne sont pas

  1. Dans le souper magique de M. de Merville, Ninon demande quelle est la maîtresse de Louis xvi ? On lui répond, c’est la Nation, cette maîtresse corrompra le gouvernement si elle prend trop d’empire.