Page:De Vauban - Projet de dixme royale, 1707.djvu/30

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
Gens fort éclairez, & d'employ à le devoir ſçavoir, m'ont aſſuré qu'avant la derniere Guerre, il y avoit quinze millions d'Ames dans le Royaume, & plus : & que preſentement il n'y en a pas plus de treize millions, ce qui ne reviendroit qu'à 433 perſonnes par lieuë quarrée ; cependant il s'en eſt trouvé plus de ſept cens dans la Bretagne, Normandie, Picardie, Artois et Generalité de Tours ; mais non tant en Alſace, Dauphiné et Comté de Bourgogne. Et m'étant mieux éclairci depuis par les Dénombremens que j'ay ramaſſé de toutes les Provinces du Royaume, dont on trouvera cy-après l'abregé ; j'ay trouvé qu'aprés la derniere Guerre, la France contenoit dix-neuf millions 94. mil tant d'Ames, ce qui ſe rapporte, à peu de choſe prés, à l'eſtimation énoncée en la page précedente, qui donne 627 perſonnes & demy de tous âges & de tous ſexes par lieuë quarrée ; ce qui eſt cependant fort au deſſous de ce qu'elle en pourroit nourrir, ſi elle étoit bien cultivée.de mauvais Païs dont je n’ay pas les Dénombremens. Je trouve donc au premier cas, c’eſt-à-dire de ſept cens personnes à la lieuë quarrée, qu’il manque 721/2 perſonnes par lieuë quarrée ; & au ſecond, de huit cens à la même lieuë, qu’il en manque 1721/2 ; ce qui revient au premier, à deux millions cent ſoixante-quinze mil Ames de difference par tout le Royaume ; & dans l’autre, à cinq millions cent ſoixante-quinze mil, qui eſt à peu prés autant qu’il y en peut avoir dans l’Angleterre, l’Ecosse & l’Irlande ; & tout cela en diminution de la partie baſſe du Peuple, qui remplit encore à ſes dépens les vuides qui ſe font dans la Haute, par les gens qui s’élevent & font fortune.

C’eſt encore la partie baſſe du Peuple, qui par ſon travail & ſon Commerce, et par ce qu’elle paye au Roy, l’enrichit & tout ſon Royaume. C’eſt elle qui fournit tous les Soldats & Matelots de ſes Armées de Terre et de Mer, & grand nombre d’Officiers ; tous les marchands, & les petits Officiers de Judicature. C’eſt elle qui exerce, & qui remplit tous les Arts et Métiers : c’eſt elle qui fait tout le Commerce & les Manufactures de ce Royaume ; qui fournit tous les Laboureurs, Vignerons et Manœuvriers de la Campagne ; qui garde et nour-