Page:De la Mennais - De la religion, 1826.djvu/209

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qui est la conservation de la société par le règne de la justice ou de la loi divine, implique toujours l’idée de droit et d’un droit divin ; et c’est ce qui la distingue de la force, qui, toute matérielle et dès lors incapable de constituer un droit, ne peut par conséquent être une vraie puissance, une vraie souveraineté.

Sortez de là, vous ne pouvez éviter un abîme qu’en vous jetant dans un autre abîme. Prétendrez-vous que le pouvoir vient originairement du peuple ? Donc, la loi aussi, et il n’y a de juste que ce que veut le peuple. Supposerez-vous que la source de la souveraineté est dans le souverain ? Tout ce qu’on disoit de Dieu, vous voilà contraint de le dire d’un homme. Il est lui-même le principe de son droit, et ce droit n’a point de limites. Sa volonté, c’est l’ordre essentiel, la justice, la loi. Tout lui est permis, et il ne l’est jamais de lui résister en rien. Quoi qu’il commande, on doit obéir ; la plainte même seroit une impiété : enfin que sais-je ? Il n’est point de crime, ni d’oppression, ni de tyrannie que ne légitime cette hypothèse monstrueuse.

Mais qu’importe les systèmes de quelques rêveurs, confondus par les croyances et la raison de tous les âges ? Instruits par la tradition de la nature du pouvoir et de son origine, les peuples ne virent jamais dans la souveraineté qu’une puissance