Page:Delâtre - L’Égypte en 1858.djvu/6

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 9 —

Je demanderai au lecteur la permission de le transporter immédiatement à Malte, qui est la dernière étape maritime du voyage de Marseille à Alexandrie. Malte est un affreux rocher sur lequel l’industrie humaine a élevé une des villes les plus proprettes et les plus coquettes que je connaisse. Grâce à Malte, à Gibraltar et aux îles Ioniennes, la Méditerranée est devenue un lac anglais. Assurément, s’il y a une puissance qui ait des droits à la domination de la Méditerranée, c’est l’Italie, et, en l’absence de l’Italie, c’est la France. Le hasard des batailles et des traités en a disposé autrement.

Les Maltais sont des Arabes chrétiens ; leur langue est de l’arabe tellement pur qu’un Maltais peut comprendre un Égyptien à première vue, sans l’aide d’un interprète. Les Anglais, qui occupent l’île, sont cordialement détestés. On préfère les Français et on fait des vœux pour leur réintégration dans cette province. Pendant la guerre d’Orient, chaque fois que des soldats français débarquaient à Malte, la population allait à leur rencontre avec des cris de joie, et les accueillait comme des libérateurs.

Le régime anglais a pourtant son avantage : les Maltais, en vertu de la constitution anglaise, jouissent de la liberté de la presse, mais qu’est-ce qu’un tel privilège pour une population qui sait à peine lire ? La liberté de la presse est un bienfait qui ne peut être apprécié que dans un pays très-avancé, comme, par exemple, l’Angleterre. Dans les autres contrées, ce bienfait sera funeste, parce qu’il est des instruments dont on ne peut se servir sans danger qu’après en avoir appris te maniement.

Un des mérites du régime anglais, aux yeux du voyageur qui ne fait que passer, c’est qu’on l’exempte des formalités si fastidieuses de douane et de passeport.

En Europe, tout individu qui voyage tombe de ce fait même dans la catégorie des vagabonds et des voleurs de grand chemin. Tant qu’on demeure dans une seule ville, on peut impunément assassiner son prochain par toutes