Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/138

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niquement Even. Cependant, en attendant que tu me fasses enfermer, je prends le commandement ici et j’entends être obéi.

— C’est bien : vous entendrez parler de moi… Vous saurez ce qu’il en coûte de m’insulter, dit Roger Maublars entre ses dents serrées.

Il mit brusquement son chapeau et passa devant Even en le couvrant d’un regard haineux. Sans dissimuler sa fureur, Georgina tourna le dos à son frère et suivit l’écrivain.

Even entra dans le salon et s’approcha d’Alix. La jeune fille était pâle d’émotion, mais une douce joie rayonnait dans le regard qu’elle leva vers son oncle.

— Comme je suis heureuse que vous nous ayez délivrés de cet homme ! dit-elle en joignant les mains dans un geste de reconnaissance.

— Et vous ne savez pas, cependant, jusqu’à quel point il est dangereux et méprisable ! dit-il d’un air sombre. Les ruines morales que vous avez pu constater dans cette triste demeure sont l’œuvre de ce sectaire impie, et songez, Alix, quelle proie enviable pour lui que trois âmes blanches, radieuses, angéliquement belles !… Mais tu ne les auras pas, maudit ! murmura-t-il avec une haine contenue. Even, le malheureux que tu as perdu, veillera sur elles…

Gaétan entrait, le front chargé de nuages, un monde de pensées obsédantes flottant dans ses yeux fiers. Il dit d’un ton décidé :

— Alix, je l’avais bien dit : ce petit garçon est très sot. Il est habillé comme un singe et on ne peut pas causer avec lui sans qu’il raconte des choses très vilaines… Alix, je ne l’aime pas du tout.

— Tant mieux, car tu ne le verras plus, dit Even en posant la main sur l’épaule de son neveu. Qu’avait-il été convenu pour lui, Alix ? Devait-il entrer en quelque pension ?

Mme Orzal ne l’avait pas décidé encore pour