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rêverie se traduit en actes, ne craignez-vous pas d’avoir des Lacollonge, des Mingrat, des Léotade et des Gothland !

La nature idéaliste qui a spiritualisé ses instincts spontanément n’a pas à craindre de telles explosions ; mais la nature charnelle qu’une discipline tyrannique comprime, agace et surexcite, ne peut couver que des révoltée sans nom ; et des excès monstrueux !

Cela posé, n’est-il pas vrai que les prêtres sont, en général, au sacrifice de Dieu, bien plutôt parce que leur famille en a disposé de la sorte, que par une vocation irrésistible et éprouvée, et se trouvent trop souvent ainsi dans cette catégorie de célibataires contraints dont la nature est en guerre ouverte et constante avec les devoirs qui leur sont imposés ?

Le peuple a parfaitement défini le vice de cette situation en disant : La prêtrise est un métier comme un autre. Rien de plus juste que cette critique, rien de plus religieux que la pensée qu’elle contient ; car elle implique, dans l’esprit du peuple, que d’être prêtre, ce ne doit pas être, en effet, un métier comme un autre, mais une mission qu’il ne faut pas prodiguer à tout venant, sous peine de profanation. Or, encore une fois, comment, le plus ordinairement, et pourquoi est-on prêtre ? Par des considérations toutes mondaines : parce qu’on était pauvre, et qu’on n’a pu recevoir d’instruction gratuitement que dans un séminaire, parce qu’on ne savait quoi faire de vous dans la famille, parce que, etc., etc…, toutes raisons prises en dehors de la seule raison qui devrait solliciter un homme à se faire prêtre : l’amour de Dieu et de l’humanité ! Eh bien ! cet homme, pris au hasard, on le met au régime d’une nature supérieure ; on lui ordonne, comme si cela pouvait faire l’objet d’un commandement, de vivre d’une vie angélique. Hélas ! dépend-il toujours de lui d’obéir, et n’est-on pas effrayé de ce qui doit résulter de l’impossibilité de l’obéissance ?

Le mode de recrutement sacerdotal est donc, à notre point de vue, doublement vicieux : il a le tort de prendre indistinctement tout ce qui se présente ayant rempli certaines formalités purement relatives à une moyenne voulue d’instruction, et, en second lieu, d’imposer à ce troupeau de pasteurs par la grâce… du hasard, une vie exceptionnelle.

Nous avons dit toute notre pensée. Nous terminerons en ajoutant