Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/50

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C’est pourtant le fait du plus grand nombre. ; mal risible mais douloureux pour qui réfléchit, fièvre de la curiosité qui ne serait pas devenue contagieuse et endémique, si ces Ignorants n’avaient trouvé leur compte à la répandre et à la propager. Ils ont gagné leur vie, leur bien-être, leur notoriété, en multipliant ce genre d’explorations. Sur quel autre sujet pourraient-ils trouver quelque chose de beau ou de bien à dire ? Les femmes à la mode ont entretenu et défrayé leur inspiration stérile. Rien de plus naturel. Il faut certains hommes à certaines besognes. Croyez-vous que des esprits mâles et bien trempés, ayant vécu avec les héros et les sages, ayant approché les maîtres, nourris de Platon, de Marc-Aurèle, de Locke, de Kant, eussent jamais consenti à tenir le mémorial de la galanterie tarifiée et les annales des Cythères avilies ?

Des niaiseries drolatiques ou de creuses médisances, voilà ce qui remplit de semblables journaux, quand il ne s’y mêle pas des calomnies empoisonnées. Quel profit en retirent les lecteurs ? Ils ne peuvent que se conformer à l’image de leurs précepteurs littéraires et comme eux devenir bavards, chercheurs de scandales, de toute façon à jamais perdus pour les hautes pensées. Quelle activité intellectuelle osez-vous espérer des gens qui, pendant des années entières, n’ayant pas fait d’autres lectures, ont laissé s’insinuer en eux le goût des causeries cyniques ou dénigrantes, l’immoralité sournoise ou le scepticisme dissolvant ?

C’est que les Ignorants sont des corrupteurs émérites, fauteurs ou complices de tous les affaissements