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SARAH.

gaîment comme elle, et vint pour l’entendre, passant ses petites mains au cou du bon nègre, qu’elle regardait en riant. Il pleurait. C’était la première fois qu’elle voyait ses larmes. « Tu pleures, dit-elle ? eh ! pourquoi pleures-tu ? » Ne voulant ni tromper Sarah, ni se plaindre de Silvain, il lui répondit : « Je pensais à ma mère. — Qu’est-ce qu’une mère, demanda-t-elle vivement ? » Cette question imprévue troubla le pauvre noir ; il resta muet. « Dis-moi donc ce que c’est qu’une mère, reprit-elle encore ? » Arsène, après avoir hésité quelques momens, lui dit : « C’est celle qui nous porte tout petits sur son sein, qui nous suspend à son cou jusqu’à ce que nous puissions marcher, qui chante pour nous endormir quand nous pleurons, qui nous cherche des fruits avant même que nous les demandions, qui oublie d’en manger, pour nous les