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MARCELINE DESBORDES-VALMORE

Par ce billet, parole de mon âme
  Qui va vers toi
Sans bruit, ce soir où t’espère une femme.
  Viens et prends-moi !

Milan, juillet 1838.


Il est impossible de soutenir que cet appel s’adresse à Valmore. Et ce n’est pas tout. C’est à la clarté de ce billet de femme et des épanchements à Pauline, qu’il faut, lire (ce qu’on n’a pas encore fait) la lettre suivante dont le destinataire est inconnu et où Marceline raconte un moment du gala auquel, par hasard, elle assistait.

Milan, 31 août 1838.

Nous avons vu l’une des plus tristes choses de ce monde (pour moi du moins), Marie-Louise plus âgée que son âge, malgré sa parure élégante et son bonnet de jasmins, l’inexplicable Marie-Louise, dont le cœur demeure impénétré, dont la physionomie impassible ne trahit pas une émotion. J’étais émue, moi, en passant forcément si près d’elle, dans le corridor étroit où sa loge touchait la nôtre, que sa robe m’effleura, quand je cherchai, je l’avoue, et pour la première fois de ma vie, à voir en face une personne qui cherchait à se cacher dans une loge assez humble et sans lumière. Mais le prince de Metternich et surtout sa livrée blanc et or l’avaient trahie. Mlle Mars, à qui je courus dire que le bras qu’elle touchait était celui de Marie-Louise, fit tout ce qu’il est possible de faire d’efforts sans manquer aux convenances, pour faire retourner un peu cette femme immobile. Elle n’en vint pas à bout. Quand je la vis se lever pour sortir, je me trouvai comme malgré moi sur son passage.