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Un Charivari



Le docteur Xavier-Narcisse Gervaise étant mort, la ville de Berthier vit arriver en calèche, par un joli matin de mai, M. Daniel-Emmanuel Bonald, son successeur. Le nouveau médecin était jeune, sa bourse était légère et son âme pleine d’espérances. Après avoir attendu avec assiduité la fortune dans son lit, comme le recommande La Fontaine, il avait décidé de s’avancer au devant d’elle pour lui épargner la moitié du chemin. Il s’était alors rappelé avec beaucoup d’à-propos que son humble patelin natal contenait de vieilles résidences de rentiers et s’entourait de prairies florissantes qu’il ferait bon d’exploiter.

M. Daniel-Emmanuel Bonald se mit en campagne le lendemain de son arrivée, suivant un plan conçu d’avance par lui-même pour donner une haute opinion de sa personne. D’abord, il se fit suivre de deux bassets à poil noir et porta la canne. Puis il ne craignit pas de s’adoniser, étant joli et bien fait de son corps. Un habit gris à collet et à revers de velours noir moulait bien sa taille élégante. Son couvre-chef n’avait pas eu l’audace de