Page:Desrosiers - Les Engagés du Grand Portage, 1946.djvu/90

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— Et toi, mon cousin, tu n’as rien d’autre à faire ?

— Moi ? Je surveille.

Et Prudent Malaterre, un gros et grand homme, cheveux et barbe noirs, s’assujettit sur ses jambes bien écartées ; de haut, il regarde Montour avec un grain d’insolence. Bien nourri, bien engraissé, il laisse des silences s’écouler avant de répondre et fume sans se troubler.

Une bouffée de colère monte à la tête de Montour. Mais il n’insiste point. Avant d’agir, il observe et prend des renseignements. Il apprend que Prudent Malaterre est le factotum du traiteur, qu’il partage ses beuveries et ses heures de paresse. De plus, cet hercule aux yeux rusés mène durement toute la population du fort.

— Toi, va chercher de l’eau au lac. Et toi, il faut entrer du bois pour la cheminée. Et balaie, toi…

Et si l’on se rebiffe, les coups de poing pleuvent. Les engagés grondent, mais que faire ?

Nicolas Montour doit imiter les autres ; il paie des respects à Malaterre, il le traite avec considération, il lui expose ses plans avant de les soumettre au traiteur, il passe par celui-ci pour obtenir de celui-là ce qu’il veut. Et Prudent Malaterre se gonfle d’importance et d’aise.

Un soir, José Paul s’approche de lui.

— Dans le chantier, il y a un homme qui ne t’aime pas beaucoup.

— Oui ?… Qui donc ?

— Turenne… Louison a juré de ne pas t’obéir si tu lui donnes un ordre.

Et le métis caresse sa longue barbe frisée ; de temps à temps, ses yeux clignotent.

— Un dur à cuire, Louison ; il n’a pas froid aux yeux ; il aurait besoin d’une leçon ; il s’illusionne sur sa force.

D’autre part, certains engagés qui ont souffert particulièrement des mauvais traitements de Malaterre se rassemblent autour de Turenne et lui racontent les petites tyrannies dont ils ont été les victimes.

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