Page:Deulin - Les Contes de ma mère l'Oye avant Perrault.djvu/105

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grande du monde ; il n’avoit qu’à vouloir, son sujet lui auroit obéi, ayant à sa disposition tout le pouvoir d’une fée.

« N’étoit-il pas aisé… de faire de la peau tout ce qui étoit nécessaire pour le déguisement ; car, ce que fait un corroyeur pour donner de l’apprêt à ses cuirs, la fée pouvoit le faire d’un coup de sa baguette sur la peau de l’asne, et en faire un étuy pour le visage et les mains de la princesse ; il n’eût pas coûté davantage ensuite pour appliquer si juste cet étuy par art de fée, que les spectateurs eussent pris la peau grise, épaisse et raboteuse pour la véritable peau. Avec le reste, sans art et sans apprêts, la princesse pouvoit en faire une écharpe ou une palatine, et cacher autant sa qualité par ce déguisement que sa beauté sous son étuy…

« Il pourroit bien être que c’est de cette sorte que la fable se débitoit et se rendoit intelligible dans son origine ; mais comme elle est fort vieille et que la tradition en a passé au travers de plusieurs siècles par les mains d’un peuple fort imbécile de nourrices et de petits enfants, il n’y auroit rien de surprenant que le conte manquât aujourd’hui de quelqu’une de ses principales circonstances, capable de donner de la lumière à tout le reste.

« Mais il y avoit lieu d’attendre qu’un autheur aussi ingénieux que le nôtre répandroit un peu de son bon esprit sur la fable et ne la conteroit au public