Page:Deulin - Les Contes de ma mère l'Oye avant Perrault.djvu/112

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parole. À la fin, comme la reine trépassait, il lui dit : — Si je voulais encore tâter de la femme, qu’auparavant la goutte m’agrippe, qu’auparavant j’attrape un coup de couteau catalan, qu’on me fasse comme à Starace[1] ; ne crois pas, mon trésor, que je puisse mettre mon amour sur une autre femme ; tu as eu l’étrenne de mes affections, tu emporteras le dernier de mes désirs.

Tandis qu’il prononçait ces mots, la pauvre femme qui râlait, roula les prunelles et étendit les pieds. Le roi, qui vit la patrie perdue[2], ouvrit le robinet de ses yeux, hurlant et se débattant au point d’assembler la cour entière. Tous se prirent à crier le nom de la bonne âme, à injurier la Fortune qui l’avait enlevée, à s’arracher la barbe et à maudire les astres qui avaient envoyé cette catastrophe. Tout cela uniquement pour faire comme lui, — deuil d’ivrogne et de femme ; beaucoup de plaintes, peu de durée ; deux bons moments : à la fosse et à la noce [3].

La Nuit n’avait pas encore quitté la place d’armes du ciel pour passer la revue des chauves-souris, quand le roi commença de faire le compte avec ses doigts :

  1. Starace était probablement un criminel fameux à l’époque.
  2. Che vedde spilata patria.
  3. A la cossa. Proverbes.