Page:Deulin - Les Contes de ma mère l'Oye avant Perrault.djvu/116

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


air de l’autre monde et ayant appris la cause de sa douleur, lui dit :

— Courage, ma fille, ne te désespère pas, car à tous maux il y a remède, sauf à la mort. Écoute : quand ton père viendra ce soir pour se livrer à sa passion, mets ce petit morceau de bois dans ta bouche. Aussitôt tu deviendras une ourse et tu te sauveras, car il aura peur et te laissera fuir. Tu t’en iras droit à la forêt où, depuis le jour de ta naissance, le ciel te garde ta destinée. Lorsque tu voudras redevenir femme, tu le pourras toujours : tu n’auras qu’à ôter le bâtonnet de ta bouche et tu retourneras à ta forme première.

Prétiosa embrassa la vieille, lui donna un plein tablier de farine, une tranche de jambon, un morceau de lard et la renvoya. Quand le soleil, comme une courtisane qui a fait faillite, commença de changer de quartier, le roi appela ses cuisiniers et invita tous les seigneurs ses vassaux à une grande fête. Ils dansèrent cinq ou six heures durant, puis s’attablèrent et mangèrent plus que leur saoûl. Le roi alors alla se coucher et commanda à la nouvelle mariée de lui apporter le registre pour solder les comptes de l’amour[1].

Prétiosa mit le bâtonnet dans sa bouche, prit la figure d’une ourse terrible et courut à lui. Épouvanté

  1. A portare lo quatierno pe saudare li cunte amoruse.