Page:Deulin - Les Contes de ma mère l'Oye avant Perrault.djvu/162

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ce n’est pas au Colisée que j’enverrai ta tête de mégère[1].

En disant ces mots, il ordonna de la jeter dans le bûcher allumé pour Thalie et avec elle le secrétaire qui avait été l’instrument de ce jeu barbare, l’ourdisseur de cette horrible trame. Il voulut qu’on en fit autant au cuisinier par qui il croyait que ses fils avaient été mis en hachis. Celui-ci tomba aux pieds du roi et dit :


— Vraiment, seigneur, pour le service que je t’ai rendu, il serait beau de voir que je n’aurais pas d’autre récompense qu’une fournaise, pas d’autre soutien qu’un poteau, pas d’autre agrément que de m’étendre et me recroqueviller dans tes flammes, pas d’autre avantage que de mêler les cendres d’un cuisinier avec celles d’une reine ; non, ce n’est point la grande récompense que j’attends pour avoir sauvé tes enfants en dépit de ce fiel de chien qui cherchait à faire rentrer dans ton corps ce qui était une partie de ce même corps.

Ces paroles transportèrent le roi qui parut s’éveiller comme d’un rêve, ne pouvant en croire ses oreilles. Enfin, s’adressant au cuisinier, il lui dit :


— S’il est vrai que tu m’aies sauvé mes enfants, sois bien sûr que je te dispenserai de tourner la

  1. À Naples, on exposait les têtes des suppliciés dans des cages de fer scellées au haut des murs du palais de justice. ( Vicaria.)