Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/66

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kler donna aussi à entendre que, quant à lui personnellement, il comptait se rendre (pour affaire assez urgente) partout où irait la famille Dorrit.

Cet immense effort oratoire demanda du temps, mais on en vit la fin. M. Dorrit exprima alors l’espoir que M. Sparkler leur ferait le plaisir de dîner avec eux un de ces jours. M. Sparkler accueillit si gracieusement cette idée, que M. Dorrit lui demanda ce qu’il comptait faire ce jour même, par exemple ?

Le jeune Edmond, comptant ne rien faire du tout (son occupation habituelle, la seule à laquelle il fût propre), on l’engagea sans plus tarder et on lui fit promettre d’accompagner les dames à l’Opéra après le repas.

Vers l’heure du dîner, M. Sparkler sortit de l’onde, comme le fils de Vénus quand il vint après madame sa mère, et monta le grand escalier dans ses plus beaux atours. Si Fanny lui avait paru charmante le matin, elle lui sembla trois fois plus belle le soir, grâce à une toilette qui allait à ravir à son genre de beauté et à un air de nonchalance qui doubla, tripla, riva les fers du jeune amoureux.

« Il paraît, monsieur Sparkler, lui dit son amphitryon pendant le repas, que vous connaissez… hem !… M. Gowan…. M. Henry Gowan ?

— Très-bien, monsieur, répondit M. Sparkler. Sa mère et la mienne sont de vieilles connaissances.

— Si j’y avais songé, continua M. Dorrit avec un air de protection aussi imposant que celui de lord Decimus lui-même, je vous aurais priée, Amy, de lui écrire un mot pour les engager à dîner avec nous aujourd’hui. Nos gens seraient allés… hem !… les prendre et les auraient ramenés. Nous avons plus de… hem !… gondoles qu’il ne nous en faut. Je regrette de n’y avoir pas songé. Rafraîchissez-m’en demain la mémoire, je vous prie. »

La petite Dorrit se demanda comment M. Henry Gowan prendrait leur patronage ; mais elle promit à son père de ne pas oublier sa recommandation.

« Savez-vous si M. Henry Gowan fait… hem !… des portraits ? » demanda M. Dorrit.

M. Sparkler opina que M. Henry Gowan était prêt à accepter toutes les commandes qu’on voudrait bien lui faire, portraits ou autres.

« Il n’est pas entré dans une voie particulière ? » demanda M. Dorrit.

M. Sparkler, auquel l’amour inspirait le désir de briller, répondit que, pour entrer dans une voie particulière, il faudrait qu’un homme commençât par adopter une chaussure particulière : par exemple, un chasseur devait porter des souliers de chasse, un cavalier, des bottes à éperons, tandis qu’il croyait avoir remarqué que son ami Henry Gowan se chaussait comme tout le monde.

« Pas de spécialité ? » remarqua M. Dorrit.