Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/68

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regagner sa gondole. Ces menus encouragements n’étaient pas grand-chose, mais c’était tout juste ce qu’il fallait, selon M. Sparkler pour empêcher un individu de se livrer au désespoir. Il n’est pas impossible que Mlle Fanny eût la même pensée.

Le triton, toujours armé de sa lanterne, se tenait à la porte de la loge, ainsi qu’une foule d’autres tritons aux portes d’autres loges. Le triton des Dorrit baissa sa lanterne afin d’éclairer les marches, et M. Sparkler chargea de plus en plus la lourde chaîne qu’il traînait en esclave, lorsqu’il vit

… De sa petitesse étalant l’ironie
Son pied moqueur rire à côté du sien.

Parmi les flâneurs rassemblés sur le perron, se trouvait Blandois de Paris. Il leur parla et descendit à côté de Fanny.

La petite Dorrit marchait en avant avec son frère et Mme Général (M. Dorrit était resté chez lui) ; mais au bord du quai ils se rejoignirent de nouveau. La jeune fille tressaillit en voyant si près d’elle Blandois, qui aidait Fanny à monter dans la gondole.

« Gowan a fait une grande perte, dit-il, depuis qu’il a été assez heureux pour recevoir la visite de deux charmantes dames.

— Une perte ? répéta Fanny au moment où Sparkler, sacrifié au nouveau venu, la quittait pendant qu’elle se disposait à s’asseoir dans la barque.

— Oui, répliqua Blandois. Son chien, Lion. »

Il tenait dans sa main celle de la petite Dorrit en parlant.

« Il est mort, dit-il.

— Mort ? répéta la petite Dorrit. Ce noble animal ?

— Ma foi, chères dames, dit Blandois souriant et haussant les épaules, il faut que quelqu’un ait empoisonné ce noble animal : les dogues meurent comme les doges. »




CHAPITRE VII.

Où il est surtout question de prunes et de prismes.


Mme Général, toujours assise sur le siège de sa voiture de cérémonie, menant d’une main assurée l’attelage des convenances, se donnait beaucoup de peine pour former aux belles manières sa très-chère petite amie, quoique la très-chère petite amie de Mme Général fît de son mieux pour la contenter. Quelques efforts qu’elle eût faits dans le cours de sa vie laborieuse pour atteindre tel ou tel but, jamais il ne lui en avait fallu tant que pour se laisser