Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/1008

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bouche que veux-tu ; pour dire, qu’on lui a présenté toutes sortes de mets des plus friands. On dit, manger une chose de broc en bouche, pour dire, tout chaudement. On dit aussi d’un indiscret qui dit tout ce qu’il fait, que c’est un S. Jean Bouche d’or. On dit aussi, bouche cousue, pour recommander le secret à quelqu’un. On dit qu’il arrive beaucoup de choses entre la bouche & le verre, pour dire, qu’il ne faut qu’un moment pour faire manquer une affaire par quelque accident imprévu. Cette façon de parler vient de ce qu’un homme portant son verre à la bouche pour boire, on lui vint dire qu’un sanglier étoit entré dans la vigne, & qu’il la ravageoit. Aussitôt il quitte son verre, prend une arme, & va au sanglier qui se jette sur lui, & le tue.

On dit qu’un homme a toujours une parole à la bouche, pour dire, qu’il a accoutumé de répéter souvent un mot, un même mot, une même sentence.

Bouche, vient du latin bucca ; le P. Pezron tire l’un & l’autre du celtique boch.

BOUCHÉE, s. m. Ce qu’on met, ce qu’on mâche à chaque fois dans la bouche. Bucella, bolus. On dit en badinant, cette femme est si délicate, qu’elle fait deux bouchées d’une cerise. ☞ Une bouchée de viande, de pain. Ne faire qu’une bouchée d’une chose, exagération ; pour dire, manger promptement & avidement. Deglutire.

BOUCHEL. s. m. On a dit ce mot pour signifier un baril à vin. Voyez Bouchaut.

BOUCHER, s. m. ☞ Celui qui tue des bœufs, des veaux, des moutons, & en vend la chair en détail. Lanius. Il y avoit autrefois à Rome de trois sortes de bouchers. Car, 1°. Il y avoir deux corps, ou collèges composés chacun d’un certain nombre de Citoyens chargés de fournir la ville de tous les bestiaux nécessaires, & du foin de les faire préparer, & d’en debiter les chairs. L’une de ses Communautés n’eut d’abord que le foin de l’achat des porcs. On la nommoit suarii. L’autre avoit soin de l’achat des autres bestiaux, & surtout des bœufs, ce qui les fit nommer pecuarii, ou boarii. 2°. Ils avoient sous eux des gens, dont l’emploi étoit de tuer & d’habiller les bestiaux, d’en couper les chairs, & de les mettre en état d’être exposées en vente. Ceux-là s’appeloient Lanii, & quelquefois Carnifices, préparateurs de chairs. ☞ On appeloit lanicnæ les endroits où l’on tuoit, & macella ceux où l’on vendoit. Le Président Brisson, Select. Ant. I, C. 6, & Franc. Modius, au Ve tome du Trésor critique, disent qu’autrefois chez les Romains les bouchers vendoient plaisamment la viande. Celui qui venoit en acheter fermoit les yeux : le boucher élevoit & étendoit quelques-uns des doigts de la main, & si l’acheteur pouvoit deviner combien il en avoit élevé, c’étoit lui qui mettoit le prix à la viande ; si non c’étoit le Boucher. Apronius, Préfet de Rome, abolit cette coutume, & ordonna qu’on la vendroit à la livre.

Tous ces usages s’établirent dans les Gaules avec la domination des Romains. Il y a eu de temps immémorial dans Paris, un certain nombre de familles chargées d’acheter les bestiaux, & d’en avoir toujours une provision suffisante pour la subsistance de la ville, & d’en débiter, ou faire débiter les chairs. Ces familles, comme à Rome, faisoient un corps, élisoient un chef, qui l’étoit à vie, & n’étoit destituable qu’en cas de prévarication. Il s’appeloit le maître des Bouchers ; il avoit juridiction sur tous les Bouchers, & décidoit toutes les contestations qui naissoient entr’eux concernant leur profession. Ils demanderent la confirmation de cet usage à Henri II, qui la leur accorda par lettres patentes du mois de Juin 1550, registrées au Parlement le 10 Novembre de la même année. Nous avons aussi eu en France, comme à Rome, des tueurs & écorcheurs de bestiaux, créés par Edit de François I, du mois de Novembre 1543, & c’est encore aujourd’hui l’emploi d’un certain nombre de garçons Bouchers, dont les uns abattent & habillent les bestiaux, & les autres, que l’on nomme étaliers, découpent & préparent les chairs. Les maîtres Bouchers ne se mêlent, non plus que ceux de l’ancienne Rome, que de l’achat des bestiaux. Aux Bouchers appelés anciennement Suarii, répondent ceux que nous nommons Charcutiers. Le nom de Boucher ne se donne pas à ceux-ci dans notre langue ; mais il convient à tous les autres.

Il y a au Vatican une ancienne inscription qui contient une Ordonnance de Police pour les Bouchers, dont les principaux points sont, qu’ils vendront la viande au poids, qu’après que l’animal aura été pesé, la tête, les pieds & le suif appartiendront au Boucher qui l’aura tué, pour son salaire ; & la chair avec la peau & les entrailles appartiendront au marchand Boucher.

Quoique routes les petites Justices qu’avoient les Corps ou Communautés des arts & métiers, fussent inféodées par nos premiers Rois de la troisième race en faveur des Grands Officiers de leur maison, les Bouchers, ni les arts qui concernent les bâtimens, ne surent point compris dans ces inféodations. Les Marchands Bouchers sont tenus d’aller prendre, & se faire adjuger leurs étaux à la Police, & là s’obligent de les tenir fournis pendant l’année. Etalier Boucher, est un compagnon qui vend la chair dans l’étal.

Ménage, après Turnèbe, dérive ce mot de buccarius, qui a été fait de bucca, à cause qu’il tranche les viandes pour la bouche. C’est ainsi qu’on le trouve aussi appelé beccarius de becus, le bec ou la bouche, selon la remarque du P. Papebrock, Act. SS. April. T. III, p. 609. En allemand bek signifie la bouche, pour laquelle les Bouchers travaillent, ce qui leur a fait donner ces noms, dit le même Père, Junii T. III, p. 917. D. M. de Valois l’aîné le dérive de bouc, étymologie peu vraisemblable, puisque les Bouchers ne tuent & ne vendent point de bouc, & qu’on n’en mange point, ou presque point en France. Lancelot le tire du mot βουθύτης, tueur de bœufs. Le P. Labbe, de bovinâ, seu bubulâ carne, de la chair de bœuf, qui fait leur principal commerce ; Guichard, de טבה, mactare, jugulare, occidere, immolare, sacrificare ; d’où טבח, coquus, carnifex, cuisinier, bourreau, d’où en retranchant la première syllabe reste בח, bach, d’où, selon lui, s’est fait Boucher. La première origine est la véritable.

Boucher, se dit odieusement & figurément d’un Chirurgien maladroit & ignorant, qui taille & qui aime à faire des amputations, & d’un Barbier qui a la main pesante & coupe en râlant. On le dit aussi des gens cruels qui se plaisent à verser le sang humain.

☞ BOUCHER. v. a. Fermer une ouverture. Occludere. On bouche un trou, une fenêtre, une porte. On bouche une bouteille de peur que la liqueur ne s’évente. On bouche un tonneau. Obturare. Se boucher les yeux, les oreilles.

En termes de guerre, on dit boucher les chemins, les passages, les avenues pour empêcher qu’il n’entre rien dans une ville assiégée, dans un camp, ou pour empêcher les ennemis de pénétrer dans un pays. Præcludere, intercludere.

En parlant d’un bâtiment qui est devant un autre, & qui lui ôte le jour, on dit qu’il en bouche la vue. luminibus officere.

En termes de coutume, on fait boucher les vues d’une maison, d’un édifice ; pour dire, qu’on en fait murer les fenêtres lorsqu’elles regardent sur une autre maison, contre la disposition de la coutume. Obstruere luminibus. Voyez Vue.

Boucher, se dit aussi des fluxions, des obstructions. Obstruere. L’apoplexie est mortelle, parce qu’elle bouche tous les passages de la respiration.

On dit au figuré, se boucher les yeux ; pour dire, ne vouloir pas voir. Se boucher les oreilles, pour dire, ne vouloir pas entendre les remontrances.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
On a beau la prier,
La cruelle qu’elle est, se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier. Malh.

On dit figurément & familièrement, qu’un homme a bouché un trou, quand il a acquitté quelques dettes, en attendant qu’il acquitte les autres.

On dit proverbialement, boucher une bouteille ;