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qui rend la solitude insupportable à la plûpart des gens, c’est que leur cœur demeure vide & affamé de louange, & qu’étant privé de cette nourriture ordinaire, il ne trouve pas dans soi-même de quoi se remplir. Port-R.

Affamé, se dit dans le commerce, d’un homme qui a toujours besoin d’argent, qui a trop souvent recours au crédit, ou à la bourse de ses amis.

Affamé, se dit aussi dans le style familier des choses qui sont faites avec avarice, ou épargne, ou qui n’ont pas la grandeur ou la grosseur requise. Constrictus, Arctatus. Ainsi on dit qu’un habit est trop affamé, ou trop étroit ; un caractère, une lettre affamée, qui n’est pas bien nourrie, ou assez chargée d’encre. Macer, tenuis, tenuior, exilis, exilior, gracilis. Voyez Affamer.

On dit en proverbe, ventre affamé n’a point d’oreilles ; pour dire qu’un homme qui a faim n’écoute guère ce qu’on lui dit. Jejunus venter non audit verba libenter. On appelle un poux affamé, un gueux à qui on a donné un emploi lucratif, dans lequel il veut s’enrichir en peu de temps. Il est affamé comme un jeune levron. Affamé comme un rat d’église. Mascur.

AFFAN. Ce mot vouloit dire autrefois, entente, intelligence. Peyre Guillen tout son affan mist Dieu in ley far per mon dam. C’est-à-dire, Dieu mit toute son entente à la faire pour mon dommage.

AFFANEURES, ou AFFANURES. s. f. pl. Terme dont on se sert en quelques provinces, pour signifier le blé que les batteurs & les moissonneurs gagnent, au lieu de l’argent qu’on leur donne ailleurs.

AFFARE. s. m. Est un terme usité en Dauphiné, pour signifier toutes les dépendances d’un fief.

☞ AFFÉAGEMENT. Terme de Coutume. Action d’afféager. Voyez ce mot.

AFFÉAGER. v. a. Donner à féage. C’est lorsque le Seigneur aliéne une portion de terres nobles de son fief, pour être tenue en roture ou en fief à la charge d’une certaine redevance, par celui qui en devient acquéreur. Voyez l’art. 358 de la Coutume de Bretagne.

☞ AFFÉAGÉ, ÉE. part. Donné à féage : ce qui se dit d’une terre noble démembrée d’un fief & aliénée pour être tenue en roture ou en fief par celui qui en devient acquéreur, à la charge d’une certaine somme ou redevance.

AFFEBLOYER. v. a. Qui vouloit dire autrefois affaiblir. Debilitare.

AFFECTANT, ANTE. adj. Qui témoigne vouloir quelque chose, ou l’aimer. Affectator, Consectator, Consectatrix. Les Républiques bannissent les citoyens affectans la tyrannie. Le style d’un Orateur affectant certaines figures ou expressions, est vicieux. Ces façons de parler ne sont pas bonnes : il faut dire, qui affecte, & non pas affectant.

☞ AFFECTATION. s.f. Affectatio, confectatio. C’est en général un attachement vicieux, & toujours ridicule, à dire ou faire certaines choses d’une manière singulière, en s’éloignant du naturel. Affectation dans le geste, dans les manières, dans le langage, dans les pensées, dans les procédés, &c. L’affectation est une envie démesurée de plaire, mais mal entendue. Boil. C’est un mensonge qui déguise le naturel, pour chercher dans un air emprunté de quoi se rendre ridicule. L’affectation dans le langage, est le vice de ceux qui, au lieu de se servir de termes propres & naturels, disent en termes recherchés les choses même les plus communes : ils courent après l’esprit. Le P. Bouhours reproche au Tasse de donner quelquefois dans l’affectation. En cherchant trop le plaisant & l’agréable, on tombe d’ordinaire dans une sotte affectation. Boil. En voulant s’élever, on tombe souvent dans une affectation basse, puérile, fade, impertinente.

Affectation, se dit encore d’un désir trop marqué de faire montre des avantages & des qualités qu’on n’a pas. Elle tient de l’ostentation. Une affectation trop étudiée de paroître prude, est suspecte. Les uns méprisent la mort par brutalité, & les autres par l’affectation d’un courage magnanime.

Affectation & Afféterie, synonymes. Par l’une & par l’autre on s’éloigne également du naturel ; mais la première, dit M. Diderot, a pour objet les pensées, les sentimens, le goût dont on fait parade : au lieu que l’afféterie ne regarde que les petites manières par lesquelles on croit plaire.

l’Affectation d’un Auteur qui court après l’esprit ; l’afféterie d’une coquette, d’un petit maître, qui court après les grâces.

Affectation, signifie aussi, en termes de pratique, l’imposition d’une charge ou hypothèque sur un fonds qu’on assigne pour sûreté d’une dette, d’un legs, d’une fondation, ou toute autre obligation. Hypotheca. Il m’a constitué une rente avec une affectation spéciale sur cette terre. Ce revenu a une affectation particulière, il doit être employé à telles & telles aumônes par sa fondation & sa destination.

Affectation, en termes de droit Canonique, action d’affecter, d’attribuer une chose à une autre. Attribution d’une place, d’un bénéfice, d’une prébende à certains sujets, sans que d’autres que les désignés en puissent jouir. Attributio, Destinatio. Le serment particulier que font les Chantres ou Vicaires-Choristes, l’obéissance qu’ils jurent au Chantre en ce qui concerne l’office divin, l’affectation de leur bénéfice au chœur, la résidence continuelle qu’ils doivent pour y desservir, & les autres engagemens, qui caractérisent ces sortes de bénéfices, ne permettent pas de les confondre avec les bénéfices qu’on nomme libres. Que le sieur B. ne sorte donc point de sa sphère par l’affectation au chœur.

On dit aussi en Jurisprudence canonique, affectation d’un bénéfice, en parlant de sa réservation au Pape, aux Gradués, &c. Jus, attributio. Voyez Réservation.

Affectation, en termes de Médecine, se dit de la disposition d’un membre à l’égard des maladies, ou des blessures qui l’incommodent. Affectio. Quand on ordonne un remède, il faut avoir égard à l’affectation des parties.

☞ AFFECTER. v. a. Affectare, consectari. Marquer beaucoup d’empressement, un attachement presque toujours vicieux pour certaines choses. Affecter certains mots, certains gestes, certaines façons de parler. On voit rarement un homme sensé affecter le langage des petits maîtres. Vous affectez des manières d’agir & de parler qui sont singulières. Alors il a une signification relative à l’usage qu’on fait d’une chose.

☞ On le dit dans le même sens pour marquer l’empressement avec lequel on se porte vers un objet. Affecter un logement, une place, un rapporteur. Alors il marque de la prédilection. Vous affectez cette maison, parce qu’elle est commode, & dans une situation agreable. Vous affectez tel rapporteur, parce que vous croyez qu’il vous sera plus favorable qu’un autre. Quelquefois aussi il est relatif au soin que l’on prend, aux moyens que l’on emploie pour arriver à son but. J’espère que les rieurs dont il affecte les suffrages, ne seront pas de son côté. Ménage.

Affecter, dans le sens d’aspirer à quelque chose, rechercher une chose avec ambition, s’y porter avec ardeur. Affecter la tyrannie, une place honorable, le premier rang. L’Acad. Observe qu’on ne le dit guère qu’en parlant des grandes dignités. Jésus-Christ blâmoit les Pharisiens d’affecter les premières places dans les assemblées. César affectoit la première place & ne vouloir point d’égal. On déteste par-tout ceux qui affectent la tyrannie.

Affecter, dans un sens relatif à ostentation, étaler ses bonnes qualités, en faire parade. Affecter une grande humilité, une grande modestie. Il affecte de paroître savant. On n’est jamais si ridicule par les qualités que l’on a, que par celles que l’on affecte d’avoir. Rochef.

Affecter, signifie encore plus spécialement, faire les choses avec dessein, & avec artifice, prendre quelque chose à tâche. Dans toutes les professions chacun affecte une mine extérieure, pour paroître ce qu’il veut qu’on le croie. Nicol. C’est à la Cour que l’amitié affecte de s’étaler, & de jouer ses rôles les plus artificieux. M. Esp. Il affecte de dire en secret des choses de rien.

Affecter