Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/258

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a que ce Saint qu’il faut appeler Allard. Ce n’est que pour lui que l’usage a fait ce changement. C’est de-là que vient le nom d’Allard, que portent en France plusieurs familles parmi le peuple. M. Chastelain écrit Aslard, & dit dans ses Notes sur le Martyrol. 2. J. S. Adelard est nommé S. Aslard aux anciennes vîtres du cloître de Corbie ; & on l’appelle encore ainsi à Huise près d’Oudenarde, où ceux du pays assurent qu’il est né. S. Aslard a laissé un traité de la Lune paschale. Il mourut en 826.

ALLASCHIR, s’ALLASCHIR. v. récip. Vieux mot. Perdre cœur, devenir lâche.

ALLATH. s. f. Déesse que les Arabes adoroient autrefois. Ils avoient trois Déesses, Allath, Ménach & Alluza, qu’ils regardoient comme les filles du grand Dieu. Ce mot en arabe est le féminin d’Allah, qui signifie Dieu.

ALLATUR. Ville de Moscovie. Allatura. Elle est sur la rivière de Kuma, dans le royaume de Casan. Allatur n’est pas peuplé.

ALLÉCHEMENT. s. m. Ce mot qui est un peu vieux, signifie, amorce, appât. Illecebra. Il ne se dit qu’au figuré. Il faut fuir les vanités mondaines, qui sont les alléchemens du péché. Résister aux alléchemens de la volupté. Ablanc. Les alléchemens des voluptés n’ont pas été si grands, tandis que notre Empire ne s’est pas étendu au-delà de l’Italie. Id.

ALLÉCHER. v. a. Attirer par quelque appât. Allicere, illicere, pellicere. On allèche des souris avec du lard, ou des noix, pour les faire tomber dans la ratière. Il est plus en usage au figuré ; attirer par le plaisir, par la douceur, la séduction. Mais comme il vieillit, on ne le peut guère employer que dans le style plaisant. La douceur des plaisirs allèche les hommes à la volupté.

ALLÉCHÉ, EE. part. Illectus, allectus. Ce mot est vieux, & on ne l’emploie plus que dans le Comique.

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenoit en son bec un fromage :
Maître Renard par l’odeur alléché,
Lui tint à peu-près ce langage. La Font.

ALLÉE. s. f. Course, Voyage. Itus, itio. ☞ On ne le dit qu’au pluriel, en le joignant au mot venues. Allées & venues, pour désigner les démarches qu’on fait pour le succès d’une affaire. Il a terminé son procès après plusieurs allées & venues. Il a perdu son temps en allées & venues. Expression familière.

Allée, signifie aussi un passage, ou un corridor, dans des bâtimens, par où l’on va d’un lieu à un autre, & qui en fait la communication. Xystum.

Allée, soit dans un jardin, soit ailleurs, est un chemin droit, & parallèle, bordé d’arbres, ou d’arbrisseaux, & généralement tout lieu qui n’est point planté, ni labouré, ou béché, mais battu, & qui a été laissé pour se promener, pour aller d’un endroit à un autre. Ambulacrum, ambulatio. Une allée est ordinairement ce qui partage les carrés d’un jardin, ou les autres parties convenables aux jardins. Lig. Par le mot d’allée je n’entends que la place employée pour la promenade, & rien autre chose, comme font quelques uns, qui appellent allée tout ce qu’il y a de place depuis le mur jusqu’aux buissons du contr’espalier, ou de ce qu’il y a de distance d’un buisson à l’autre dans le partage des carrés. Cette place d’allée ne doit jamais être moins large que de cinq à six pieds, quelque petit que soit le jardin, & n’en doit guère excéder dix-huit ou vingt, quelque grand potager que ce puisse être. La Quint. Ce qui fait la différence d’une allée d’avec un sentier, c’est que dans l’allée il faut au moins se pouvoir promener deux personnes de front ; & ainsi elle ne peut guère avoir moins de cinq ou six pieds de large. Id. On appelle contre-allée, les deux petites allées qui sont à côté de la plus grande. Ambulatiunculæ majorem juxtà positæ. Dans un jardin une allée est une espèce de chemin ferme, sablé pour l’ordinaire, avec une bordure qui sépare les carrés les uns des autres. Les Jardiniers distinguent plusieurs sortes d’allées, les couvertes, & les découvertes ; les allées simples & les doubles; les allées blanches & les vertes ; les sous-allées, les contre-allées. Théor. & prat. du Jard. M. Thévenot dit dans son voyage de l’Indoustan, qu’il y a dans la province de Delhy une allée de 150 lieues de long.

Allée de front, celle qui va droit en face du bâtiment. Ambulacrum adversum.

Allée de traverse, celle qui coupe une allée de front à angles droits. Transversum.

Allée diagonale, celle qui coupe un carré de bois, ou de parterre, d’angle à angle. Diagonium.

Allée biaise, celle qui par sujétion, ou d’un point de vûe, ou d’un terrain, n’est parallèle, ni à l’allée de front, ni à celle de traverse. Obliquum.

Allée rampante, celle qui a une pente sensible. Declive.

Allée en zic-zac, celle qui étant trop rampante, & sujète aux ravines, est traversée d’espace en espace, par des plate-bandes de gazon, en manière de chevrons brisés pour en retenir le sable. Serratum. On appelle aussi allée en zic-zac, celle qui dans un bosquet, ou dans un labyrinthe, est formée par divers retours d’angles pour la rendre plus solitaire, & en cacher l’issue. Labyrintheum.

Allée en perspective, celle qui est plus large à son entrée qu’à l’issue, pour lui donner plus d’apparence de longueur. Opticum.

Allée couverte, celle qui est bordée de grands arbres, comme tilleuls, ou ormes, qui par l’entrelacement de leurs branches donnent du couvert, & de la fraîcheur : ou une allée qui est faite d’un berceau de treillage. Opertum.

Allée labourée, & hersée, celle qui est repassée avec la herse, & où les carrosses peuvent rouler. Occatum.

Allée sablée, celle où il y a du sable sur la terre battue. Sabulo substratum. On ratisse les allées de sable pour les tenir propres.

Allée de gazon, c’est une allée où l’herbe croît & qu’on a soin de temps en temps de faucher, pour rendre le tapis plus uni & plus agréable aux yeux. Liger. Cespititium.

Allée bien tirée, celle que le Jardinier a nettoyée de méchantes herbes avec la charrue, & qu’il a ensuite repassée avec le râteau, pour unir & approprier la superficie. Rastello complanatum. On l’appelle aussi, allée bien repassée, ou bien retirée. La Quint. Cela se fait avec la herse, le râteau, & quelquefois le rabot. Id.

Allée de compartiment, large sentier qui sépare les carreaux d’un parterre. Areolis distinctum.

Allée d’eau, chemin bordé de jets, ou bouillons d’eau sur deux lignes parallèles. Salientibus aquis prætextum.

ALLÉGATION. s. f. Citation d’une loi, d’une autorité, d’une pièce authentique pour appuyer une proposition, ou autoriser une prétention, ou l’énonciation d’un moyen. Allegatio, prolatio. Au temps de Pasquier, c’étoit la coutume de remplir ses discours d’allégations d’Auteurs grecs & latins ; &, comme il parle dans une de ses lettres, de rapiécer, ou, pour mieux dire, rapetasser l’éloquence de divers passages. Cette nouvelle forme de plaider, si je ne m’abuse, est venue, dit-il, d’une opinion que nous eûmes de contenter feu M. le Premier Président de Thou, devant lequel ayant à plaider, & voyant son savoir être disposé à de telles allégations, nous voulûmes nous accommoder à l’oreille de celui qui avoit à nous écouter. Pasquier, qui avoir du goût, blâme fort cette manière de plaider, & il ajoute : or, puisqu’il a plû à Dieu l’appeler à soi (M. de Thou) je désire aussi qu’avec lui soit ensevelie cette nouvelle manière d’éloquence, en laquelle, pendant que nous nous amusions à alléguer les Anciens, nous ne faisons rien d’ancien. Les Grecs ni les Romains, dit-il encore, lorsqu’ils furent en vogue de bien dire, n’en userent de cette façon ; ni ceux même qui vinrent sur le déclin de leur éloquence, entre les Latins, comme nous voyons par leurs panégyriques.

Allégation, se dit aussi de la simple proposition d’une chose qu’on met en avant. Il y a lieu d’admettre la preuve de l’allégation de cet alibi. Répondre aux allégations de la partie adverse.

ALLÉGE. s. f. Bateau de suite ou de convoi qu’on attache vide à la queue d’un grand, pour l’alléger & pren-