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☞ Le mystique anagogique est celui qui, caché sous le sens littéral, a pour objet les biens célestes & la vie éternelle. Telles sont les promesses des biens temporels, dans l’intention du Saint Esprit, image des biens spirituels.

ALLÉGORIQUEMENT. adv. D’une manière allégorique. Per allegoriam. On ne doit pas prendre ce passage à la lettre, il s’entend allégoriquement.

ALLÉGORISER. v. a. Parler par allégorie, donner un sens allégorique. Uti allegoriis. Les Lévantins se plaisent à allégoriser. Par exemple, le Gouverneur de Schiras fait ajouter à tous ses titres, fleur de courtoisie, muscade de consolation, & rose de plaisir. Ils ne manquent pas d’obscurcir & d’allégoriser le texte de l’Alcoran, dès qu’un intérêt de secte le demande. Le P. de Laubrussel. Les Peres ont allégorisé tout l’ancien testament.

ALLÉGORISEUR. s. m. Celui qui allégorise. Il ne se dit guère qu’en mauvaise part, en parlant d’un homme qui s’attache toujours à chercher un sens allégorique à toutes choses. C’est un allégoriseur perpétuel. Acac. Fr.

ALLÉGORISTE. s. m. Celui qui explique un Auteur par allégorie dans un sens allégorique. Qui allegorias adhibet. Les anciens interprètes de l’Ecriture ont été presque tous des allégoristes. Saint Augustin, S. Grégoire, Théophylacte, Origène, Denis le Chartreux, ont expliqué la bible en allégoristes, dans des sens allégoriques. Les Hérétiques Millénaires donnoient le nom d’Allégoristes aux Catholiques, parce qu’ils n’ententendoient pas à la lettre comme eux le règne de mille ans, dont il est parlé dans l’Ecriture. L’Evêque Népos, qui vivoit au troisième siècle, & qui fut leur principal Auteur, fit, pour soutenir cette erreur, un livre qu’il intitula : Réfutation des Allégoristes.

Ces mots viennent du grec ἀλληγορέω, muto, je change.

☞ ALLEGRO. adv. italien. Terme de Musique, qui se met à la tête d’un air, pour marquer que cet air doit être joué vivement & gaiement. Il désigne un mouvement gai & animé, le plus vif de tous après le presto.

Allegro, se prend aussi substantivement, en parlant de l’air même. Jouer un allegro.

☞ Le diminutif allegretto indique un peu moins de vivacité dans la mesure.

ALLÉGUER. v. a. Citer une loi, une autorité, un exemple. Laudare, citare, proferre. Les Avocats doivent rapporter les propres termes des loix qu’ils alléguent. Plusieurs Orateurs alléguent des passages, & des autorités qu’ils forment eux-mêmes.

Alléguer, signifie aussi, mettre en avant. Causari, allegare. Celui qui a tort, a toujours quelque prétexte, quelque vaine excuse à alléguer. C’est à celui qui allégue un alibi, de le prouver. En Droit on ne croit point à celui qui allégue sa propre turpitude.

ALLÉGUÉ, ÉE. part. Allegatus, laudatus, prolatus. Un Juge doit prononcer selon ce qui est allégué & prouvé. Judex debet judicare secundùm allegata & probata. C’est une thèse de morale.

ALLELUIA. s. m. Petite plante, dont les racines sont longues, menues, fibreuses, comme écailleuses dans quelques endroits, & d’un blanc tirant sur le rouge. Elles donnent des feuilles portées sur des pédicules grêles. Chaque pédicule soutient trois feuilles à son sommet, comme le trefle, taillées en cœur. D’entre ces feuilles, qui sont d’un vert tirant sur le jaune lorsqu’elles passent, s’élèvent quelques pédicules, qui pour l’ordinaire ne soutiennent qu’une seule fleur en forme de cloche, découpée en cinq parties jusque vers son centre. Le pistil qui sort du fond du calice, s’emboîte avec la fleur, & devient ensuite un fruit membraneux, semblable en quelque manière à une lanterne, & divisé le plus souvent en cinq loges, qui s’ouvre chacune en dehors par une fente étendue de la base du fruit jusqu’à sa pointe. Chaque loge contient quelques semences enveloppées dans une coiffe, qui par sa contraction pousse ordinairement la graine assez loin du fruit. Il y a plusieurs espèces d’alléluia : les plus communes en France, & celles auxquelles cette description convient, ont les fleurs, ou blanches, ou jaunes, ou purpurines. Elles ont un goût aigrelet dans presque toutes leurs parties. Elles sont bonnes dans les fièvres malignes. Francus, Médecin Allemand, a ramassé dans un traité toutes les propriétés de cette plante. Les autres espèces qui sont étrangères different de celles-ci, parce qu’elles sont, ou branchues, ou parce qu’elles ont de fort grosses racines. On l’appelle autrement, Pain de Cocu, & en latin, Trifolium acetosum, oxys, oxytriphillum, acetosella, & lujula. Selon Dodonée on l’appela alleluia, parce qu’elle fleurit dans le temps qu’on chante alleluia dans les Eglises, vers le temps de Pâque ; & selon Scaliger, son nom vient de l’italien juliola par corruption.

Alleluia, est un mot de réjouissance, que l’Eglise chante au temps de Pâque à la fin des traits ou versets. C’est S. Jérôme qui l’avoit introduit dans l’Eglise du temps du Pape Damase. Somozène se trompe, quand il dit qu’il ne se chantoit qu’une fois l’année, & S. Jérôme au contraire témoigne qu’on le disoit même dans l’enterrement des morts. God. Il semble néanmoins que dans l’Eglise romaine, on ne le disoit plus hors le temps de Pâque avant S. Grégoire le Grand ; mais qu’on le disoit dans l’Eglise grecque. Car ce saint Pape ayant ordonné qu’on le dit pendant tout le cours de l’année ; & quelques gens l’ayant trouvé mauvais, parce qu’il introduisoit, disoient-ils, à Rome les coutumes de l’Eglise de Constantinople, il répondit qu’il n’avoit eu égard en cela à la coutume d’aucune Eglise ; que ç’avoit été l’ancien usage de Rome, & que sous le Pape Damase cette coutume avoit été apportée de Jérusalem. Ainsi S. Grégoire ne fit que la rétablir. Les Grecs disent encore aujourd’hui souvent l’alleluia durant le carême, & même dans les cérémonies funèbres. Goar. S. Jérôme dans la vie de Sainte Paule, & dans son épitre 23e à Marcelle, fait entendre qu’on appeloit & qu’on assembloit les religieuses pour l’office, ou la prière, au chant d’alleluia, au lieu des cloches. Dans la Liturgie ambroisienne, alleluia signifie ce que nous appelons le Graduel.

☞ Il y avoit en Ethiopie un Monastère qu’on appeloit alleluia, parce que son premier Abbé faisoit souvent chanter alleluia.

Ce mot est hébreu, ou plutôt ce sont deux mots hébreux, dont l’un est הללו, hallelu, & l’autre יה, Ja, nom abrégé du nom propre de Dieu, יהוה, Jehova. L’un signifie, Laudate, louez ; & l’autre, selon l’interprétation commune, Dominum, le Seigneur. Louez le Seigneur. Ç’a été aussi autrefois un cri militaire, comme on voit dans Ado Viennensis.

ALLEMAGNE. Alemannia, Germania. Grand pays d’Europe, qui a titre d’Empire. Au lieu d’Alemannia les médailles de Crispus & de Constantin le jeune, tous deux fils de Constantin le Grand, disent Alamannia. L’Allemagne avoit autrefois pour bornes au septentrion la mer Baltique & la mer Germanique ; au midi le Danube ; à l’occident le Rhin, & à l’orient la Vistule. Elle avoit encore ces bornes du temps de Charlemagne. Aujourd’hui & depuis plusieurs siècles on y comprend encore au midi tout ce qui s’étend depuis le Danube jusqu’à la Suisse, à l’Italie, & à la Dalmatie. Elle a à l’orient la Hongrie, la Pologne & la Prusse. Au nord, la mer Baltique & le Danemarck, & une partie de l’Océan ; & l’occident l’Alsace, & les Pays-Bas. La haute Allemagne est la partie qui est au midi, & dont la Franconie, la Bohème, & la Moravie, font le nord. La basse Allemagne est tout ce qui est compris entre ces trois provinces, & la mer Baltique, le Danemark & l’Océan. ☞ Il y a des Auteurs qui mettent les Pays-Bas au nombre des Etats de la basse Allemagne. Leur erreur vient de ce qu’anciennement une partie des Pays-Bas étoit comprise dans la Germanie inférieure. Or l’Allemagne & la Germanie ne sont pas des noms qui signifient les mêmes peuples, renfermés dans les mêmes bornes ; non plus que la France & la Gaule ne signifient pas la même chose, quoique dans les livres écrits en latin Germania se prenne pour l’ancienne Germanie ; & pour l’Allemagne