Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/388

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rence que Sempronius Aselio mettoit entre l’histoire & les annales. Celles-ci, selon cet Ecrivain, sont une simple narration de ce qui s’est fait chaque année. L’histoire est un récit, non-seulement des faits, mais encore des causes, des motifs, des raisons, & de tous les ressorts qui ont fait agir. L’Annaliste ne fait que déduire ces faits, l’Historien raisonne sur ces faits. Cicéron semble être de même avis au Liv. II, de Orat. n. 12, ou du moins ce qu’il dit revient à peu près à cela. La différence qu’il y a, selon lui, entre les annales & l’histoire, c’est que les annales ne font simplement que raconter les faits de chaque année, sans aucun autre ornement que la brièveté, au lieu que l’histoire demande des ornemens. Unam dicendi laudem jutant esse brevitatem… Non exornatores rerum, sed tantùm narratores. La différence que donne Servius n’est pas d’usage aujourd’hui. Celle que met Aulugelle entre histoire & annales ne suffit pas, il faut joindre celle de Cicéron, & d’Asellio. Cependant on appelera fort bien annales toute histoire distinguée par années, souvent même annales se prend pour toutes sortes d’histoires, ou pour histoire en général, tant en latin qu’en françois. C’est ainsi que l’a pris Florus, Liv. I, ch. 10. Virgile, Enéide I, v. 377 & Cicéron en plusieurs endroits.

Cicéron, à l’endroit que j’ai cité, rapporte l’origine des annales à peu près en ces termes : « L’histoire n’étoit d’abord que la composition des annales. Pour en conserver la mémoire, le Grand-Pontife écrivoit ce qui se passoit chaque année, & l’exposoit chez lui sur une tablette, afin que le peuple pût l’aller lire. C’est ce qu’on appeloit les grandes annales. Cette coutume subsista jusqu’au pontificat de Publius Mucius Scævola. Il étoit Consul l’an 620, ou 621 de Rome, c’est-à-dire, 134, ou 133 ans avant Jésus-Christ. Plusieurs Ecrivains imiterent cette manière d’écrire l’histoire, sans ornemens, & simplement en racontant les faits. Tels furent Caton, Pictor, & Pison. Antipater fut le premier qui releva un peu plus son style, & qui donna des ornemens à l’histoire. Ce Cœlius Antipater étoit ami de Crassus, & vivoit par conséquent vers l’an de Rome 630, environ 120 ans avant Jesus-Christ.

☞ Dans le style soutenu, annales & histoire sont synonymes. On dit : nous lisons dans nos annales. Dans la rigueur, on ne doit pas confondre ces mots, & il semble que par annales, on doive entendre une simple exposition ou narration d’anciens évenemens rédigés année par année.

ANNALISTE. s. m. Historien qui écrit des annales, Annalium scriptor. Les principaux Annalistes parmi les Grecs sont, au rapport de Cicéron, Liv. II. De Orat, n. 53. Phérécides, Hellanicus, Anesilas. Il marque qu’il y en avoit encore un grand nombre d’autres. Parmi les Romains, d’abord les Souverains Pontifes, & ensuite Caton, Pictor, & Pison, comme nous l’avons marqué.

ANNAM, ou ANNAN, Voyez Tonkin.

ANNAN. Rivière d’Ecosse. Annandus. Elle a sa source dans la province de Tuwédale, traverse une partie de celle d’Eskédale, & toute celle d’Annandale, baigne la ville d’Annan, & environ une lieue au-dessous, elle se jette dans le golfe de Solway.

Annan. Ville capitale de la province d’Annandale, en Ecosse. Annandum. Voyez l’article précédent.

ANNANDALE. Province d’Ecosse. Annandia, ou Annandi vallis. Elle a l’Eskélade au levant, la Cluydeldale au nord, la Nithetdale au couchant, & au midi le golfe de Solway, qui la sépare du Cumberland, province d’Angleterre. Elle s’étend le long des deux bords de la rivière d’Annan, qui lui a donné son nom. Sa capitale est la ville d’Annan.

ANNATE. s. f. Droit que l’on paye au Pape sur tous les bénéfices consistoriaux, lorsqu’il donne les bulles, ou d’une abbaye, ou d’un évêché. C’est le revenu d’une année, qui a été taxé selon l’évaluation du revenu du bénéfice, faite au temps du Concordat. Annuum vectigal vacantis beneficii ecclesiastici. On l’appelle communément Annata. Ce droit est appelé Annuale dans une charte de Robert, Abbé de S. Victor de Paris, & Annualia au pluriel dans le Nécrologe de la même abbaye.

Ce fut Jean XXII, qui introduisit les annates en France. Il prétendoit que le revenu de la première année de chaque bénéfice vacant lui appartenoit ; de-là ce droit fut appelé Annate. Bonitace IX les confirma à toute sa postérité par une sentence décrétale. Clément VII ordonna que de tous les bénéfices de France il prendroit la moitié du revenu pour lui & pour l’entretien des Cardinaux. Les Papes ont pris aussi quelque temps tous les fruits des abbayes pendant la vacance, & généralement l’annate de tous les bénéfices vacans en quelque sorte que ce fût, même en régale & en patronage lai, jusqu’à ce qu’il y ait eu une Ordonnance de Charles VI de l’an 1385, qui abrogea cette coutume. Les Rois & les Parlemens se sont toujours opposés aux annates, comme à un tribut qui leur paroissoit odieux. Le Concile de Bâle même, dans sa Session XII & XXI, en 1431, abolit les annates, & ce décret fut inséré dans la Pragmatique Sanction, dressée à Bourges en présence de Charles VII. Cependant par le Concordat entre Léon X & François I en 1516, on ne parla point des annates, & la Pragmatique Sanction fut supprimée. Au reste, Polydore Virgile, de Invent. Rer. Livre VIII, ch. 2, & plusieurs autres, croient les annates plus anciennes qu’on n’a dit ci-dessus. Il est certain que dès le XIIe siècle il y eut des Evêques & des Abbés qui par une coutume, ou par un privilége particulier recevoient les annates des bénéfices dépendans de leur diocèse, ou de leur abbaye. Voyez la Lettre d’Etienne Abbé de Sainte Geneviève, à l’Archevêque de Reims. Il y en a encore des exemples à Beauvais, a Paris, à Amiens, dans le même siècle. Matthieu Paris, dans son Histoire d’Angleterre à l’année 746, rapporte, qu’autrefois l’Archevêque de Cantorbery, par une concession du Pape, jouissoit des annates de tous les bénéfices qui vaquoient en Angleterre. Clément V, prédécesseur de Jean XXII, se fit payer les annates des bénéfices vacans en Angleterre pendant deux ans, selon Matthieu de Westminster, & pendant trois ans, selon Thomas Walsingham ; & le premier assure que ce fut de tous les bénéfices, cures, & même vicariats, & jusqu’aux plus minces bénéfices : ce qui montre que Polydore Virgile se trompe, quand il dit que les Anglois n’ont point payé les annates des petits bénéfices. Il paroît encore par le même Matthieu de Westminster, qu’avant ce temps-là le Pape accordoit aux Evêques d’Angleterre, les annates des bénéfices de leur diocèse. Car Clément V, dit-il, ne les prit que parce qu’il crut qu’un supérieur pouvoit s’approprier ce qu’il donnoit aux autres. Outre les Auteurs dont j’ai parlé, on peut voir Budé, Liv. V, de Asse, Card. Gusanus, de Concord. Cathol. Liv. II, ch. 40. Nic. de Clemengis, de annat. non solv. Duaren, Liv. I, de Sacr. Eccles. min. ch. 6. Par le droit commun, les bénéfices qui ne sont pas consistoriaux, ne laissent pas d’être sujets à l’annate ; mais en France on s’en dispense, en exposant dans la supplique que le bénéfice dont on demande les bulles, n’excède pas la valeur de vingt-quatre ducats, bien qu’il soit de plus grand revenu ; & en France la règle de la Chancellerie, De vero valore exprimendo, n’a pas lieu, comme dans les pays d’obédience. Il y a des Chapitres qui jouissent du droit d’annates des chanoinies vacantes : ces revenus sont destinés pour la fabrique & les ornemens de l’Eglise.

Le Grand-Maître de Malte retire une annate de toutes les Commanderies de grâce. Vertot.

ANNE. s. m. Nom d’homme. L’un des Grands Prêtres des Juifs, dont il est parlé en S. Luc II, 2 en S. Jean XVIII, 13, 24, & aux Actes des Apôtres IV, 6. Josephe l’appelle Ananus ; & quelques-uns de nos Dictionnaires lui donnent le même nom, ou celui d’Anna ; c’est une faute, l’usage est de dire Anne. Sous le pontificat d’Anne & de Caïphe, la parole du Seigneur se fit entendre à Jean, fils de Zacharie, au desert. Bouh. Ils l’amenerent d’abord chez Anne, parce qu’il étoit beau-pere de Caïphe, qui étoit Grand-Prêtre cette