Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/412

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bonnes œuvres qui sont dans la loi divine. C’est de-là que vient le nom, qui signifie, contraire à la loi, ennemi de la loi. Ἀντὶ, contre, νόμος, loi.

ANTINOUS. s. m. Nom d’un homme qui a été mis au nombre des Dieux. L’Empereur Adrien en fit pendant sa vie l’objet de ses infâmes amours, & après sa mort il n’épargna rien pour le déifier. Temples, fêtes, jeux, oracles, tout fut mis en usage pour consacrer & éterniser le culte de ce nouveau Dieu. On mit sa statue dans tous les colléges, on frappa quantité de médailles à sa gloire, enfin on en vint jusqu’à l’adoration.

Antinoüs. s. m. C’est le nom d’une constellation septentrionale. Elle est près de l’Aigle.

ANTIO. Voyez Anzo.

ANTIOCHE. Antiochia. Nom de plusieurs villes. Etienne en marque jusqu’à dix, & d’autres douze ; Eustache quatorze. Appion dit que le seul Séleucus Nicanor donna le nom de son pere Antiochus à seize villes ; car ce nom est venu à toutes ces villes du nom de quelque Antiochus, comme nous l’allons voir. Ortélius prétend en avoir trouvé encore davantage.

Antioche, surnommée la Grande, est la plus fameuse ; elle fut bâtie par Séleucus I, roi de Syrie, après la bataille d’Ipsus, vers l’an 500 avant Jésus-Christ : il lui donna le nom d’Antiochus son pere. S. Jean Chrisostôme & Dion louent beaucoup Antioche. Ammien Marcellin l’appelle la capitale de l’Orient. L’ère d’Antioche est fameuse dans la chronologie, Æra Antiochena. Evagrius & d’autres la suivent ; elle commence, selon quelques Auteurs, la dernière année de l’Olympiade 182, de Rome 705, 49 ans avant Jésus-Christ. D’autres distinguent trois ères d’Antioche, qu’ils prétendent qu’elle a marquées sur ces médailles. La première, qui est la même que celle des Grecs ou des Séleucides, commence 312 ans avant Jésus-Christ ; ils y rapportent une médaille qui a d’un côté une tête de Jupiter, & de l’autre un Jupiter assis, avec ces mots, ΑΝΤΙΟΧΕΩΝ ΜΗΤΡΟΠΟΛΕΩΣ ΗΚΣ. Antiochensium Metropoleos anno 228. C’est la seule médaille qu’ils produisent, pour prouver qu’Antioche a suivi cette ère ; mais d’autres la croient frappée en des temps bien postérieurs. La seconde ère d’Antioche, selon l’Auteur dont je parle, commence à l’année de la bataille de Pharsale ; & la troisième depuis la bataille d’Actium, lorsqu’après la mort d’Antoine, Auguste eut le gouvernement des provinces de l’Orient. C’est à Antioche que les disciples de Jésus-Christ commencerent à s’appeler Chrétiens. Antioche a été le premier siége de l’Apôtre Saint Pierre, & a titre de Patriarchat, que les conciles de Nicée, d’Ephèse & de Calcédoine lui ont conservé. Les Chrétiens croisés se rendirent maîtres d’Antioche en 1098, & elle fut la capitale de la principauté d’Antioche, qui subsista jusqu’en 1208, que le Sultan d’Egypte reprit cette ville : elle s’appelle aujourd’hui Antachia, par corruption de son ancien nom. Elle est à 12 lieues de la mer, au 68 degré 10 minutes de longitude, & au 36 degré 20 minutes de latitude, sur l’Oronte. Pour distinguer cette ville des autres qu’il y avoit du même nom en Syrie, on l’appelloit Antiochia Epidaphnes, Ἀντιοχια ἐπὶ Δάφνης, selon Pline, Liv. V, ch. 21, & sur les médailles, & entre autres sur une du cabinet du Roi, ΑΝΤΙΟΧΙΩΝ ΤΩΝ ΠΡΟΣ ΔΑΦΝΗΝ ; c’est-à-dire, Antioche située proche du Daphné ; cependant un nouveau Critique a prétendu que cette Antioche proche du Daphné n’est point la ville même d’Antioche, mais un fauxbourg d’Antioche. Mais Pline est formel sur cela, Liv. V, Ch. XX, Deinde Promontorium Syriæ Antiochiæ ; intus ipsa Antiochia libera, Epidaphnes cognominata, Oronte amne dividitur. Voilà Antioche elle-même, surnommée Epidaphnes ; & c’est assurément Antioche même, au milieu de laquelle passoit l’Oronte ; ce n’étoit pas seulement un de ses fauxbourgs que ce fleuve divisoit en deux. De plus, le lieu appelé Daphné n’étoit pas un lieu voisin du fauxbourg d’Antioche, c’étoit le Fauxbourg même d’Antioche, comme nous le pourrons dire en son lieu. Quant Séleucus eut bâti Antioche, il y transporta les habitans d’Antigonie, bâtie peu de temps auparavant par Antigonus ; c’est ce qui a fait dire à quelques Auteurs, qu’Antioche avoit été commencée par Antigonus, & achevée par Séleucus.

Il ne faut pas toujours traduire en notre langue le mot latin Antiochia, quand il s’agit de la Syrie, par le nom d’Antioche, ville dont nous venons de parler. La province dont cette ville étoit capitale, s’appeloit aussi Antiochia, ou Syria Antiochia. Voyez Méla, Liv. II, 12. Pline V, 12. Il est vrai qu’on lit dans les éditions ordinaires de Pline, au Liv. V, Ch. 20. Syriæ Antiochenæ ; mais à l’endroit que j’ai cité, Liv. V, 12, on lit absolument & simplement Antiochia dans toutes les éditions ; dans les endroits même où il y a Antiochena dans les éditions, les anciens manuscrits ont Antiochia ; ainsi Saumaise a eu tort de se rétracter, & d’accuser Pline & Méla d’une erreur grossière. C’est lui-même qui s’est trompé sur Solin, page 890, comme le montre Vossius dans ses Observations sur le Chapitre XI du Livre I de Méla.

Antioche. Ville épiscopale de Mésopotamie, bâtie encore par Séleucus I, & appelée du nom de son pere. Elle s’appeloit autrement Nisibe.

Antioche. Ville d’Asie mineure, capitale de Pisidie, à 92 milles d’Ephèse, à 61 degrés, 20 minutes de longitude, & 39 degrés, 36 minutes de latitude. Les Turcs l’appellent aujourd’hui Versaegeli. Nos cartes cependant la distinguent de Versaegeli, & l’en éloignent de vingt lieues à l’Occident. Elle a eu un Archevêque soumis au Patriarchat de Constantinople.

Antioche de Cilicie, sur les confins de la Pisidie & de la Pamphilie, à 62 degrés, 30 minutes de longitude, & 38 degrés, 30 minutes de latitude ; aujourd’hui Antiocheta, petite Antioche. Elle a un Evêque suffragant de Séleucie. On la nomme quelquefois Antioche sur le Tragus, fleuve qui l’arrosoit.

Il y a encore une Antioche dans la Margiane, bâtie par Aléxandre, & nommée d’abord Aléxandrie. Elle fut ruinée par les barbares. Antiochus fils de Séleucus la rétablit, & l’appella Antioche, Antiochia. Pline, Livre V, Chapitre 16. Il ne dit point si c’est Antiochus, fils de Séleucus Nicanor, ou Antiochus III, fils de Séleucus Callinicus. De nouvelles cartes l’appellent Indion.

Une autre Antioche étoit proche du mont Taurus, ville épiscopale de Commagène, qui retient encore son nom, si l’on en croit Bellon ; sa longitude est 68 degrés, 40 minutes, & sa latitude 50 degrés, 10 minutes.

Une autre étoit sur le Méandre dans la Carie, ayant un Evêque suffragant de Stauropolis. Les Turcs la nomment Tachiali. Strabon, Liv, XIII, Bellon, Liv. I, C. 105. Il y a une médaille de Gordien dont le revers a pour inscription ΑΝΤΙΟΧΕΙΩΝ ΜΕΑΝΔΡΟΣ, Vaillant, p. 149, une autre de Trajan Dèce, ib. p. 180. Nous trouvons encore sur des médailles ΑΝΤΙΟΧΕΙΩΝ ΤΩΝ ΠΡΟΣ ΚΑΛΛΙΡΟΗΝ, Antioche proche de Callirhoé. C’est Edesse en Arabie, qui, comme Pline, nous l’apprend, Liv. XVII, Ch. 24, fut appelée anciennement Antioche. Cette médaille est citée par M. Vaillant, dans son Histoire des Rois de Syrie, p. 199. Etienne l’appelle ἐπὶ της Καλλιρόης λίμνης, sur le lac de Callirhoé, & c’est la huitième qu’il compte de ce nom ; ou plutôt c’est la fontaine minérale dont parle Josephe, Antiq. Jud. Liv. XVII, Chapitre VIII, & où Hérode alla prendre les bains quelque temps avant sa mort.

On trouvé encore sur les médailles ΑΝΤΙΟΧΕΩΝ ΤΩΝ ΕΝ ΠΤΟΛΕΜΑΙΔΙ, Les Antiochiens qui sont à Ptolémaïde ; c’est Ptolémaïde même à qui Antiochus IV, surnommé Epiphanes & Dieu, donna son nom, comme il offrit à ceux de Jérusalem de le leur donner, dans le second Liv. des Machab. C. IV, v. 9. Voyez la médaille rapportée par M. Vaillant, Hist. des Rois de Syrie, p. 200.

On trouve encore sur une médaille de Septime Sévère ΑΝΤΙΟΧΕΩΝ ΠΡΟΣ ΕΥΦΡΑΤΗΝ. Voyez M. Tristan, T. II, & M. Vaillant, médailles grecques des Empereurs, p. 80. Pline parle aussi d’une Antioche