Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/531

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armes. Un tel est chef du nom & des armes d’une telle maison. Armes pleines, ce sont celles qui sont entières, nettes & nues, d’une pièce, & d’un tenant, qui n’ont aucunes brisures, divisions, altérations, ni mélanges. Insignia pura, integra, plena. Les armes de France sont armes pleines, pures, entières. Armes brisées, infractæ, violatæ, temeratæ imaginis symbolum scutarium, oblisæ superficiei typus tesserarius. Les armes des Princes du Sang, comme Anjou, Orléans, Bourbon, ne sont pas pures & pleines, mais brisées du bâton, qui autrefois, pour exprimer mieux la brisure, portoit de biais sur les lys. Monet. Dans l’ancienne coutume de Normandie, on trouve que les armes pleines d’un chevalier ou de celui qui possédoit un fief de haubert, étoit le cheval, le haubert, l’écu, l’épée, & le heaume : & pour celui qui n’étoit point chevalier, ou qui n’avoit point de fief de haubert, c’étoit le roucin, le gamboison, le chapel & la lance. Armes chargées, sont celles qui sont pures & pleines, & auxquelles on a ajouté de nouvelles pièces pour marque d’honneur, & en vue de quelque belle action. Insignia adjectione distincta. Il y a aussi des armes parties, partita. Ecartelées, Quadripartita. Coupées, Transversè bipartita, &c. expliquées à leur ordre. Armes fausses, sont celles qui ne sont pas selon les règles du blason. comme lorsqu’on met métal sur métal, & couleur sur couleur. Adulterina, adulterinum, spurium, improbum, vitiosum, insolens scutum tesserarium. Les armes seroient fausses en France, qui auroient au champ, ou au blason, autres métaux, pannes, couleurs, que les coutumiers de cette nation, ou bien si les matériaux d’armes étoient autrement alliés & composés entre eux que ne porte notre usage. Les cas privilégiés exemptent de fausseté les armes de certains grands personnages composées de métal sur métal, couleur sur couleur, ès pièces notables de l’écu. Monet. On les appelle aussi des armes à enquerre. Insignia de quibus inquirendum. Armes vraies, légitimes, pures. Gentilis scuti symbolum genuinum, germanum, legitimum. Les armes les plus simples & les moins diversifiées sont les plus nettes & les plus nobles. C’est par cette raison que Garcias Ximenés, premier Roi de Navarre, & ses successeurs portèrent quelques siècles, de gueules simplement sans aucune figure ; & la maison d’Albret, issue de ces Rois, continua les mêmes armes jusqu’à Charles VI, qui les leur écartela de semé de France. Monet.

On appelle armes parlantes, celles où il y a quelques figures qui font allusion avec le nom de la famille. Vocalia insignia, tesseræ eponymæ, loquentes, paronymæ, loquaces, synonymæ. Comme De la Tour d’Auvergne, qui a une tour ; de Créqui, qui a un créquier, de la maison de Prado en Espagne, qui a pour champ un pré ; de la maison de Mailli, qui a des maillets. La plupart des Auteurs tiennent que ce sont les plus nobles & les plus légitimes, comme il se prouve par une infinité d’exemples rapportés par les Pères de Varenne & Menestrier. Mais elles sont moins nobles quand elles tiennent du Rébus de Picardie, comme il y en a plusieurs ; c’est-à-dire, lorsqu’il y a une multiplicité de pièces qui composent le nom de celui qui les porte ; parce que les anciens Seigneurs croyoient que leurs noms étoient assez illustres pour se faire connoître par eux-mêmes, au lieu de les expliquer par une multiplicité de figures & de blasons. Guillot Lymare Charbonnier, portoit de sable à la coquille de pourpre, avec cette devise, De charbon chevance ; c’est-à-dire, bien, richesse, Ex carbone res, ou opes.

Armes a enquerre, sont celles où il y a quelque chose qui est contre les règles ordinaires du blason, & qui donne curiosité de s’enquérir pourquoi on les a faites ainsi. Tesseræ, ou symbolæ, ou scutariæ imagines postulatitiæ, ou postulatoriæ ; extraordinarii nexùs metallici symbolum, scutarium ; inusitatæ commissionis pigmentaria tessera, scutaria. Godefroy de Bouillon porta d’argent à la grande croix potencée d’or : ce furent des armes à enquerre, qui lui furent données par les Seigneurs François qui l’accompagnoient, pour marque de sa valeur incomparable à la conquête du royaume de Jérusalem, & pour donner sujet de la connoître à ceux qui s’enquerroient de la nouveauté de ces armes. Monet. Les armes de la maison de Montmorenci furent aussi des armes à enquerre : jusqu’à Matthieu II, c’étoit une grande croix d’argent dans un champ d’or. Elles étoient fondées sur la prérogative de cette illustre famille, qui est d’avoir donné à la Gaule les premiers Chevaliers chrétiens.

Armes d’une pièce d’un tenant de blason ; ce sont celles qui ne sont point parties ni en long, ni en large, unius paginæ, unius & continentis plagulæ, haud intercisi laterculi scutarium hieroglyphicum.

Armes parties, armes tiercées, armes écartelées, armes coupées, taillées, armes tranchées. Voyez ces mots en leur place ; & en général Armoiries.

Armes, ou Armoiries diffamées, ou déchargées. Ce sont des armes auxquelles on a retranché quelque chose, pour marque de honte & par punition. Telles furent celles de Jean d’Avénes, qui en présence de saint Louis, avoit injurié sa mere Marguerite, Comtesse de Flandre. Il fut condamné à porter le lion de ses armes morné, c’est-à-dire, sans ongles & sans langue.

Le Cap des Armes, capo delli armi. Cap du royaume de Naples, en Italie. Leucopatra, regium ou armorum promontorium. Il est sur la côte méridionale de la Calabre Ultérieure, précisément au point qui regarde la Sicile. ☞ Nombre considérable de troupes d’infanterie & de cavalerie jointes ensemble sous la conduite d’un général, pour agir contre l’ennemi.

ARMÉE. s. f. Ce qui regarde l’armée de terre. Exercitus, copiæ. Pour l’armée de mer, ou navale, c’est une certaine quantité de vaisseaux de guerre, équipés & montés par un certain nombre de troupes commandées par un amiral, aidé de plusieurs officiers qui sont sous lui. Classis. ☞ Quand le nombre des vaisseaux ne passe pas douze ou quinze, on dit une escadre. Le mot de flotte convient mieux à un certain nombre de vaisseaux réunis pour naviger ensemble. Armée composée de vieilles troupes. Veteranorum exercitus. Armée composée de gens ramassés à la hâte & sans choix, Tumultuarius, collectitius exercitus. Armée rangée en bataille. Acies instructa. La tête, la queue. Primum, extremum agmen. Les ailes. Alæ, cornua. Le corps de l’armée. Acies. Lever, mettre sur pied une armée. Entretenir, faire subsister une armée. L’armée marche, l’armée avance, l’armée campe. Faire la revue d’une armée. Commander une armée. Défaire une armée. Recueillir, rassembler les débris d’une armée. Cette armée si florissante, & qui avoit été levée avec tant de frais, lut entièrement défaite. L’armée navale étoit belle en apparence, mais dénuée de soldats & de matelots. L’état de l’armée, c’est l’état des dépenses qui se doivent faire, tant pour lever une armée, que pour l’entretenir de solde, de vivres & de munitions. On tient que l’armée que Xerxès mena en Grèce, étoit de onze cent mille hommes. Nos armées ne passent pas, pour l’ordinaire, vingt mille hommes, disoit un Lacédémonien ; mais à nous voir dans la mêlée, à compter les morts de nos ennemis, on diroit que nous sommes toujours plus de cent mille hommes.

☞ On appelle armée royale, une armée nombreuse qui marche avec un train d’artillerie.

Armée du siége, celle qui est occupée à faire un siége.

Armée d’observation, la partie d’une armée qui couvre un siège, & s’oppose aux ennemis pendant que l’autre attaque la place.

Armée du secours, celle qui marche pour secourir une ville assiégée.

☞ Dans l’écriture. Dieu est appelé le Dieu des armées.

Les armées de France, sous les enfans de Clovis, étoient composés de divers corps de troupes que fournissoient chaque province, à peu près comme nous voyons aujourd’hui les armées de l’Empire, composées des troupes des cercles, qui fournissent chacun leur contingent. P. Dan. Les armées étoient autrefois