Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/558

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pour dire, que c’est la nécessité qui a rendu l’homme inventifs industrieux : car γαστὴρ est un mot grec, qui signifie le ventre.

La division des arts en arts mécaniques, est bonne selon l’usage ; mais elle est mauvaise & fausse suivant l’étymologie ; car il y a plusieurs arts libéraux où l’on se sert de machines & d’instrumens, comme l’art Militaire, la Marine, la Peinture, &c. Les arts mécaniques tirent leur nom du mot grec μηχανὴ, machine ; parce qu’il n’y en a aucun qui ne se serve de quelque instrument. Il n’en est pas ainsi des arts libéraux parmi lesquels il y en a plusieurs qu’on peut apprendre & exercer sans aucun instrument ; comme la Logique, la Poësie, l’Eloquence, la Musique, la Médecine proprement dite, en tant qu’elle est distinguée de la Chirurgie, de la Pharmacie, de la Chimie. Démocrite a soutenu que les bêtes nous ont appris les arts ; l’araignée, à faire de la toile ; l’hirondelle, à bâtir ; le rossignol, la musique ; & plusieurs, la médecine. De Rochef.

On appelle un Maître de l’art, un excellent homme dans chaque science ou profession. Magister artis. Il s’en faut rapporter aux maîtres de l’art. On dit, parler en termes de l’art, quand on se sert des mots propres & particuliers à chacun des arts ou sciences. Remarquez que c’est une espèce de barbarisme, de se servir de tous les termes de l’art, ou devant des personnes qui ne sont pas du métier, ou lorsqu’il ne s’agit pas d’écrire, ou de parler expressément, & de dessein formé, sur la matière : autrement il faut user des termes les plus connus, & qui peuvent être plus facilement entendus de tout le monde. C’est un défaut assez ordinaire à ceux qui sont entêtés de quelque art ou de quelque science. Ils font parade de leurs mots barbares. Cela les fait passer pour des pédans. Le voyage de Siam seroit divinement bien écrit, si l’Auteur n’y avoit pas si souvent employé les termes de l’art. Bouh.

Ce mot employé en général se prend souvent pour quelque art en particulier ; & la manière dont on parle, fait comprendre quel est cet art dont on veut parler. Les maladies où l’art humain avoue lui-même qu’il ne connoît plus rien. Peliss. C’est la Médecine. L’art fait animer le bronze, & donner la passion au marbre ; c’est-à-dire, la Sculpture. L’art ne peut représenter la beauté des couleurs que le soleil peint quelquefois en le couchant dans les nuées ; c’est-à-dire, la Peinture. L’art ne peut exprimer ce que je sens. On veut dire, ou l’Eloquence, ou la Poësie, ou la Musique. Au reste, cela n’est pas particulier à notre langue.

Art, se pousse quelquefois par extension jusqu’à la Science, à la Philosophie. On appelle un Maître-ès Arts, Magister Artium, laurea donatus, celui qui a été examiné sur les quatre parties de la Philosophie qu’on enseigne dans les colléges.

Ce mot vient d’ἀρετὴ en grec, qui signifie, vertu, industrie. C’est le sentiment de Donat sur la première scène de l’Andrienne de Térence. Ars ἀπὸ τῆς ἀρετῆς, dicta est per syncopam. D’autres la dérivent d’ἄρος, qui signifie, utilité, & qui se trouve en ce sens dans Æschyle.

Art, se dit dans le propre & dons le figuré de tout ce qui se fait par l’adresse & l’industrie de l’homme ; & en ce sens il est opposé à nature. Ars. L’art corrige & perfectionne la nature. Il faut que l’art vienne au secours de la nature, & c’est leur parfaite alliance qui fait la souveraine perfection. Boil. Les laides, ou les vieilles, emploient l’art au défaut de la nature pour paroître belles ; c’est-à-dire, le fard & les ornenemens. La parure des laides irrite une maligne curiosité qui fait démêler ce qui est de l’art, ou de la rature.

Tour ce que prête l’art à tes beautés fanées,
Ne te ramène point tes premières années. Corn.

Art, se dit aussi de toutes les manières & inventions dont on se sert pour déguiser les choses, ou peur les embellir, ou pour réussir dans ses desseins. Cette personne a l’art de plaire, de se faire aimer, de s’insinuer dans le monde, & de faire fortune. Il faut avoir beaucoup d’art & d’adresse, pour la cajoler, Ablanc. Il y a de l’art en tout ce que cet homme fait, il est compassé jusqu’à l’affectation. Quelque profonds que soient les Grands de la cour, & quelque art qu’ils aient pour paroître ce qu’ils ne font pas, & peur ne pas paroître ce qu’ils sont, ils ne peuvent cacher leur malignité. La Bruy. La raison l’emporte toujours sur l’art & sur l’adresse. S. Evr. Un amant ne sauroit se déguiser avec tant d’art, qu’on ne s’apperçoive de ses feintes, & que sa tendresse ne lui échappe malgré lui. Corn. Les larmes sont le fort des femmes, & leur plus grand art pour tromper les hommes. S. Evr. L’art n’est jamais dans un plus haut degré de perfection, que lorsqu’il ressemble si fort à la nature, qu’on le prend pour la nature même ; au contraire la nature ne réussit jamais mieux que quand l’art est caché. Boil.

N’est-ce pas l’homme enfin dont l’art audacieux,

Dans le tour d’un compas sut mesurer les cieux ?
Idem.

Art, se dit aussi en parlant de ce qui est composé, & conduit avec raisonnement, en faisant une juste application des principes & des préceptes d’un certain art. Cette pièce de théâtre est conduite avec grand art. Ce Poëte entend bien l’art poétique. Un bon Orateur doit cacher son art. La nature ne se laisse point conduire au hasard, & n’est point absolument ennemie de l’art & des règles. Boil.

 
Soyez simple avec art,
Sublime sans orgueil, agréable sans fard. Id.

Joignez vos agrémens aux règles de notre art ;
Quiconque plaît sans lui ne plaît que par hasard.

Art, se prend quelquefois pour prudence, sage conduite, adresse avec laquelle on se conduit. Ce Prince a trouvé l’art de bien gouverner.

Le Matelot troublé, que son art abandone,

Croit voir dans chaque flot la mort qui l’environne.
Boil.

Le grand Art. On appelle le grand art par excellence, l’art de transmuer les métaux, l’art de faire de l’or, autrement la Chrisopée, Le grand art s’appelle encore l’art Lulliste, la pierre philosophale, la poudre de projection, la science Hermétique. Le grand art a encore d’autres noms que lui donnent les prétendus Adeptes ; mais ceux qui le regardent comme illusoire, le nomment l’art de travailler vainement pendant toute sa vie, & d’aller enfin mourir à l’hôpital.

ART ANGÉLIQUE, ou ART DES ESPRITS. Ars Angelica. Moyen superstitieux d’apprendre tout ce que l’on veut savoir par le moyen d’un Ange, ou plutôt d’un Démon. Voyez Cardan, L. XVI, de Rerum variet. & Thiers, Traité des superstitions.

ART NOTOIRE. Ars notoria. Manière superstitieuse d’acquérir les sciences par infusion, en pratiquant certains jeûnes, & faisant certaines cérémonies, que les fourbes qui professent cet art, ont inventées. Voyez Delrio, Disquis. Mag. P. II. Ceux qui font profession de l’art notoire assurent que ce fut par ce moyen que Salomon acquit en une nuit toutes ses grandes connoissances. L’art notoire est une curiosité criminelle, & un pacte tacite avec le Démon, comme l’a montré Delrio, Disquis. Mag. P. II. La Sorbonne condamna, en 1320, l’art notoire comme superstitieux.

ART DE S. ANSELME. Moyens superstitieux de guérir les plaies en touchant seulement aux linges qui ont été appliqués sur ces plaies. Delrio, dans les Disquisitions magiques, dit, que quelques soldats Italiens, qui font ce métier, en attribuent l’invention à S. Anselme ; mais il assure que c’est une superstition inventée par Anselme de Parme, fameux Magicien : ainsi c’est de-là que lui vient son nom.

ART DE S. PAUL. Autre art superstitieux, ou plutôt