Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/561

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parée de la planche voisine par un sentier d’un bon pied. Ces fosses sont à demi pied du bord de la planche, & en échiquier entr’elles. On met deux œilletons en ligne droite dans chaque espace d’environ neuf à dix pouces. Il faut renouveler les artichauts tous les trois ans au moins, leur couper les feuilles à l’entrée de l’hiver, & les couvrir de grand fumier pendant tout le froid jusqu’à la fin de Mars. Il faut pour lors les découvrir & les œilletonner, si les œilletons sont assez forts, ou attendre qu’ils le soient devenus au bout d’environ trois semaines, ou un mois. Chom.

Artichaut à la poivrade ; c’est un artichaut en état d’être mangé cru, avec du sel & du poivre. Artichauts frits. Artichauts fricassés. Artichauts confits. Ceux-ci sont des culs d’artichauts qu’on met, après les avoir fait bouillir assez pour ôter le foin, dans une saumure composée d’eau bien salée, ou moitié eau & moitié vinaigre, & sur laquelle on met deux doigts d’huile, ou du beurre, qui ne soit guère chaud. On mange aussi les cardes d’artichauts, apprêtées de cette manière. Chomel, Dictionnaire Economique.

Les artichauts sont apéritifs & cordiaux ; ils lèvent les obstructions ; ils nourrissent beaucoup ; ils purifient la masse du sang. Lemery. Les artichauts crus sont venteux, & se digèrent difficilement. Au contraire, les artichauts cuits se digèrent facilement, & ne causent aucun mauvais effet. Les artichauts contiennent beaucoup d’huile & de sel essentiel. Les artichauts conviennent aux vieillards, & à ceux qui sont d’un tempérament flegmatique & mélancolique.

☞ ARTICLE. s. m. Articulus, diminutif de artus, membre. Dans le sens propre on entend par article les jointures des os du corps des animaux, unies de différentes manières, & selon les divers mouvemens qui leur sont propres. Ce mot est synonyme à articulation. On appelle aussi articles les choses mêmes qui sont jointes. Chaque partie dont un doigt est composé, est un article. Mais en ce sens article n’est pas si usité que jointure.

☞ Par métaphore & par extension, on a donné divers sens à ce mot.

☞ En Peinture, comme en anatomie, article signifie les jointures ou articulations du corps.

Article, signifie encore en Peinture un très petit contour que l’on appelle aussi temps. Ces articles ne sont pas assez prononcés, pour dire, dessinés d’une manière bien marquée.

Article, signifie aussi une petite partie, ou division d’un discours, d’un écrit, d’un mémoire. Caput. Saint Thomas divise la somme en plusieurs questions, & chaque question en plusieurs articles. Ce compte contient plusieurs articles en chaque chapitre de recette & de dépense. Ce mémoire de frais contenoit deux cens articles. Il faut accoler ensemble ces trois articles.

Article, se dit aussi des clauses & conventions des Traités & des Jugemens sur lesquels il se fait des contestations, & des délibérations. On est déjà convenu de tant d’articles du Traité de paix, des articles de la capitulation. On a déjà jugé trois articles de ce procès. On a donné des articles de mariage ; & on dit absolument, signer des articles ; pour dire, signer un contrat de mariage. On peut faire interroger sa partie sur faits & articles qu’on lui signifie.

Article de foi. C’est une vérité qu’on est obligé de croire, parce qu’elle est révélée de Dieu, & reconnue telle par l’Eglise. Les articles controversés sont ceux qui sont combattus par les hérétiques.

Article, signifie aussi une chose particulière. On lui a donné un habit, & il demande encore un manteau ; c’est un autre article. ☞ C’est une chose toute différente : tout son bien consiste en un article, en une maison. l’Article de la mort, est l’agonie, le temps où on est près de mourir. Cet homme a tout confessé à l’article de la mort. N’attendez pas à vous repentir à l’article de la mort.

Article, en termes d’Arithmétique, c’est dix, & tout autre nombre qui peut être divisé en dix, comme 20, 30, 40. On appelle aussi quelquefois ces nombres, Décades, & quelquefois Nombres ronds. Harris.

Article, en termes de Grammaire, est une particule qui précède ordinairement les noms appellatifs. Ces particules sont le pour le masculin, & la pour le féminin dans le singulier, & les pour le masculin & pour le féminin dans le pluriel. Les Latins n’ont point d’article. Mais les Grecs, & presque toutes les langues vivantes ont inventé ces particules, ou articles pour déterminer la signification vague des noms communs & appellatifs. On se sert de l’article défini dans une signification définie et déterminée. On se sert de l’article indéfini avec tous les noms pris dans leur signification confuse, générale & indéterminée. Lorsque l’adjectif est mis devant le substantif, il faut se servir de l’article indéfini, excepté au génitif & à l’ablatif. Il m’a envoyé d’excellens fruits. L’article est indéfini, parce que l’adjectif & le substantif sont à l’accusatif mais il est défini au génitif. La gloire des grands hommes ne dépend point de l’opinion du vulgaire.

Le P. Buffier distingue une troisième sorte d’article, qu’il appelé l’article mitoyen & partitif. Cet article a trois cas : les particules qui sont le second cas de l’article défini, & de l’article indéfini, sont le premier cas de l’article mitoyen ; ces particules sont du, de la, de l’, des, de. Au second cas il a toujours de comme l’article indéfini. Au troisième cas il ajoute à aux particules qui font son premier cas. Ainsi on dit au premier cas de l’article partitif & mitoyen ; du bien, de la naissance, de l’esprit donnent accès dans le monde ; des Savans ont erré, de faux Savans se font écouter. Au second cas, une quantité de bien, une pinte d’eau. Au troisième cas, n’aspire qu’à du bien ; comparer à de la paille ; j’ai oui dire à des Savans.

Voici quel est l’usage des articles en françois, outre ce qui en a déjà été dit. L’article défini se met devant les mots qui ont un sens défini, soit que ces mots signifient un seul objet, soit qu’ils signifient un genre ou une espèce d’objets. Exemple, le soleil luit, les hommes sont mortels, les hommes qui font du mal. On connoit par les circonstances l’unité d’objet, tant l’individuelle que la spécifique ; par exemple, donnez moi le pain, c’est le pain que voici. Le Roi, c’est celui dans le royaume duquel je suis. J’ai mal à la tête, c’est la tête de la personne désignée par le nominatif du verbe. Les Anges sont immortels, ou l’Ange est immortel. Ces phrases expriment une totalité d’objets qui forme une unité spécifique. Il faut employer l’article défini dans toutes les occasions où un mot est pris dans un sens défini.

On met l’article indéfini avec les noms propres des personnes, Socrate, Cicéron, &c. les noms des planètes, Jupiter, Saturne, &. certains termes d’honneur, Monsieur, Madame, Messire, Monseigneur, Maître, Saint, Sainte, Dieu. Mais si les noms propres ne sont pas regardés comme propres, mais comme pouvant convenir à plusieurs objets, alors ils reçoivent l’article défini. Exemple, le Dieu des miséricordes, le Socrate d’Athènes, le mercredi-Saint, la Flandre-Françoise. On met aussi l’article défini avec les noms propres lorsqu’ils sont au pluriel, & qu’ils expriment toute une espèce d’objets semblables, comme les Démosthènes, les Cicérons, &c. Les noms propres de provinces, ou de royaumes, excepté quelques-uns, qui tirent leur nom de leur capitale, comme Valence, & ceux de quelques îles, comme Candie, qui prennent l’article défini au premier cas ; ils le gardent aussi aux autres, lorsque les mots avec quoi ils sont joints, ne signifient point à l’égard de ces lieux là demeure, venue, ou sortie : ainsi on dit, la politesse de la France, mais il faut dire, partir de France, sortir d’Allemagne. On met l’article indéfini du génitif aux noms de provinces, ou de royaumes, quand ils servent à distinguer un nom substantif qui les précède ; comme Roi de France, vin de Champagne, gouverneur de Picardie. L’article indéfini se met avec les noms de nombre absolu, un, deux, &c. pourvu qu’ils ne se rapportent pas eux-mêmes à un