Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/565

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y avoit dans cette armée 500 chevaux d’artillerie pour mener tout l’attirail de guerre, des outils, des pionniers, ponts de bateaux, échelles, & autres machines nécessaires pour les campemens & les siéges. Le parc de l’artillerie est le lieu du camp destiné à la garde des munitions de guerre. Il y avoit tant d’officiers, de commissaires de l’artillerie. Quand le mot d’artillerie se prend seulement pour le canon d’une armée, ou d’une place, on dit ; dresser l’artillerie, décharger l’artillerie, faire jouer l’artillerie, servir l’artillerie. On tira plus de deux mille coups de canon en moins d’une heure, tant l’artillerie étoit bien servie par les soins du Général, On trouva dans la ville de Malaca jusqu’à huit mille pièces d’artillerie, après qu’Alphonse Albuquerque s’en fut rendu le maître, à ce que dit l’Histoire d’Emmanuel de Faria. L’artillerie a été inventée vers l’an 1380, par Constantin Anchtzen de Fribourg, ou Bertholde Swartz, Cordelier Chimiste, selon Pasquier & Vossius en l’an 1354. Casimir Simierrowicz, Polonois, a écrit un excellent livre de l’artillerie, & de tous les feux d’artifice, tant pour la guerre que pour la paix. Joachim Brechtelius en a aussi fort bien écrit. On y trouve une remarque singulière, qui est, que les anciens Allemands faisoient faire ferment à tous ceux qui s’adonnoient à l’art pyrotechnique, qu’ils ne construiroient aucuns globes empoisonnés qu’ils ne cacheroient point de feux clandestins en aucuns lieux secrets ; qu’ils ne tireroient point de canon de nuit ; qu’ils ne prépareroient jamais aucuns feux artificiels, sautans & voltigeans, & qu’ils ne s’en serviroient point pour la ruine & destruction des hommes. Les Persans (en 1518) ne vouloient avoir ni infanterie ni artillerie dans leurs armées, parce que cela les empêchoit de charger l’ennemi & de faire retraite avec agilité, en quoi ils faisoient consister toute la science de la guerre. Wicq. Amb. de Figu. M. Catharinot a fait un petit Traité d’artillerie rempli de quantité de choses agréables & curieuses, & de plusieurs noms d’anciennes pièces de canon ; comme l’Indien de Lisbonne, la Diablesse de Rotouc, le Trictrac de Rome, &ç. Il y apprend à qui les différentes pièces d’artillerie doivent leur nom & leur invention ; nous en parlerons en leur lieu. C’est dans le XVe siècle, pendant la guerre que les Vénitiens eurent avec les Florentins, sous Laurent de Médicis, fils de Pierre, que l’invention de faire rouler l’artillerie en pleine campagne, fut trouvée par le Général Vénitien.

Ménage dérive ce mot du vieux françois artiller, qui signifie, rendre fort par art, & garnir d’outils & d’instrumens de guerre. Le mot d’artiller vient de art, ou invention, parce que ars chez les Latins signifioit une machine.

On appeloit aussi, artillerie, les machines de guerre anciennes, comme catapultes, béliers, dards, mangonnaux, &c. comme on voit dans Froissart & autres vieux Historiens. Du Cange cite le Roman de Guillaume Guyart de l’an 1304, où l’on voit que l’artillerie étoit le charroi chargé de carreaux d’arbalètes, de dards, de lances, de targes, de harnois, pour en donner à ceux qui n’en avoient point ; & alors artiller signifioit, armer un soldat, lui fournir des armes.

Artillerie, se prend aussi pour ce qu’on appelle autrement Pyrotechnie, ou l’art des feux d’artifices, avec tous les instrumens & l’appareil qui lui sont propres. Encyc.

Le P. Papebrock, Act. Sanct. April. T.I. p.159.B. croit que ce mot vient du nom que les François donnoient à la baliste, qui étoit une des principales machines de guerre, & qu’ils appeloient arc-à-tirer, arcus tractilis, parce qu’elle se conduisoit sur une espèce de chariot. Il veut que de-là se soit fait arctiverie, que l’usage a adouci, & dont il a fait artellerie, ou plutôt artillerie.

Le Grand-Maître de l’artillerie, est le premier & le chef des Officiers de l’artillerie. On dit, Officier d’artillerie, Commissaire d’artillerie, Lieutenant d’artillerie, sans l’article ; mais on ne dit point Grand-Maître d’artillerie ; il faut toujours dire, Grand-Maître de l’artillerie ; parce que le génitif indéfini, ou sans article, marque partage & division ; & le génitif défini, ou avec l’article, marque généralité, totalité ; & le Grand-Maître de l’artillerie a la Surintendance généralement dans tous les Arsenaux, dans toutes les places & armées du royaume, sur tous les Officiers d’artillerie. Le Grand-Maître de l’artillerie n’a pris ce nom que depuis l’usage des armes à feu. Il se nommoit autrefois le Grand-Maître des Arbalêtriers. Voyez Arbalêtrier. On le nommoit aussi, Grand-Maître des Machines, Magister machinarum & machinatorum exercituum, & il avoit sous lui des Officiers nommés Magistri ingeniorum, que nous pouvons appeler Ingénieurs. Voyez M, le Pref. Valbonnet, Hist. de Daup.p.55.

☞ La charge de Grand-Maître de l’artillerie fut supprimée en 1755, & réunie au bureau de la guerre.

Les Officiers de l’artillerie sous le Grand-Maître de l’artillerie, sont, 1°, les Lieutenans-Généraux de l’artillerie qui commandent en l’absence du Grand-Maître, & représentent sa personne dans tous les commandemens ; 2°, les Trésoriers d’artillerie, qui distribuent l’argent pour toute la dépense qui se fait, pour la paye des Officiers ; pour les frais des fontes, poudres & autres choses appartenant à l’artillerie ; 3°, les Commissaires d’artillerie qui ont le soin de la fonte des pièces, de les faire éprouver, & que tous les magasins soient garnis de tout ce qui est nécessaire pour la conduite des canons : souvent ils ont le soin de pointer les pièces, lorsqu’elles sont en batterie ; 4°, les Sergens-Majors d’artillerie, autrement Conducteurs, qui ont le soin de faire préparer les chemins, & d’avoir les choses nécessaires pour la conduite des pièces ; 5°, les Ingénieurs qui ont celui de faire faire les ponts sur les rivières, & de tracer les batteries & autres ouvrages que l’on fait d’ordinaire dans les siéges ; 6°, les Connétables qui ont l’ordre, au défaut des Ingénieurs, de tracer les batteries & fournir les canoniers de poudre, balles, lanternes, & généralement de tout ce qui est nécessaire pour charger l’artillerie ; 7°, les Capitaines ou gardes des magasins, qui tiennent registre de toutes les munitions qu’ils reçoivent & qu’ils tirent de leurs magasins ; 8°, les Gentils’hommes d’artillerie qui ont charge de garder les pièces, & d’empêcher qu’elles ne soient gâtées : ils hâtent les canoniers, pour faire tirer les coups suivant la diligence requise ; 9°, les Canoniers qui mettent le feu, & chargent l’artillerie ; 10°, les Valets d’artillerie, qui apportent & préparent tout ce qu’il faut pour charger l’artillerie & faire leur plate-forme ; 11°, les Mineurs, qui ont un Commandant qui s’appelle Capitaine des Mineurs, qui leur donne la façon de faire toutes sortes de fourneaux, & de bien conduire les mines ; 12°, les Ingénieurs qui chargent les bombes, grenades, pots à feu ; 13°, les Pétardiers, qui chargent les pétards, & qui les appliquent aux portes pour les rompre & donner passage ; 14°, les Pionniers, qui remplissent les chemins & fortifient les batteries d’un fossé. Quant au reste des Officiers d’artillerie, ce sont les Aumôniers, le Prévôt & le Chirurgien. De la Fontaine.

Artillerie, se prend quelquefois pour le corps des Officiers qui servent à l’artillerie. Toute l’artillerie se plaignoit. Être de l’artillerie, dans l’artillerie. Notre artillerie souffrit beaucoup dans telle occasion.

Artillerie. s. f. On appelle un canon une pièce d’artillerie. On battit la place avec cent pièces d’artillerie. Acad. Fr.

Artillerie. s. f. Royal-artillerie est le nom d’un régiment françois. C’est ce régiment à qui est confié l’artillerie : il est actuellement de cinq bataillons, composés de soldats tous fantassins, canoniers, bombardiers, travailleurs, ouvriers en fer, en pierre & en bois. Chaque bataillon est de huit compagnies de cent hommes chacune. C’est le premier régiment qu’on ait armé de bayonettes outre l’épée. Le régiment des Bombardiers lui a été incorporé.

ARTILLEUR, ou NETTOYEUR D’ARMES. s. m. Un seul particulier a le titre d’artilleur & de nettoyeur d’armes. Il a été établi dans le duché d’Orléans. Le Grand-Maître le nomme au Roi, qui lui donne des provisions.