Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/57

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D’autres, dit Danet, en suivant la même opinion, le dérivent de ab, pere, & de ori, caverne, ou lieu creux. L’origine est Hébraïque, mais il falloit dire, har, ou hor, Montagne, pere des montagnes : fils des montagnes, בני הרים seroit plus dans le génie de la Langue Hébraïque.

Quelques Auteurs prétendent que Cham, qui étoit le Saturne des Egyptiens, ayant ramassé divers peuples errans, les conduisit en Italie. Tite-Live & Denis d’Halicarnasse assûrent que les Aborigines vinrent d’Arcadie sous la conduite d’Œnotrus, fils de Lycaon : Genebrard prétend que ce sont des Phéniciens, ou Chananéens chassés par Josué. Outre les Auteurs que je viens de citer, voyez Suidas, & les Notes de Portus. Jean Picard dans la Celtopædie, Liv. V, prétend que les Aborigines étoient une Colonie Gauloise. Il se fonde non-seulement sur Caton & Solin, mais encore sur Timagène, fameux historien Grec, dont Suidas nous a conservé le témoignage, & sur Ammien Marcellin, qui dit, que les Aborigines parurent d’abord dans les Gaules. Danet & Maty écrivent Aborigènes, mais M. Corneille écrit Aborigines.

On appelle Aborigenes les premiers habitans, les naturels d’un pays, par opposition à ceux qui sont venus s’y établir. Acad. Fr.

☞ ABORNEMENT. s. m. Action de mettre des bornes à un terrain, ou l’effet qui résulte de cette action. Voyez Borne.

Abornement, abournement, abonnement, abonnage. Termes synonymes, se prennent aussi pour une convention qui se fait dans quelques coutumes, entre le Seigneur & les vassaux, par laquelle les droits féodaux sont fixés & arrêtés à une certaine somme.

ABORNER. v. a. Mettre, planter des bornes. Limitari, Limites ponere, statuere. Aborner un champ, un terrain.

☞ ABORNÉ, ÉE. part. Terrain aborné, où l’on a mis des bornes. Campagne abornée. Limitatus.

ABORTIF, IVE. adj. Qui est venu avant terme, qui n’a pas acquis la perfection, ni la maturité. Abortivus. Fruit abortif. Enfant abortif, avorté, venu avant terme. Il est de peu d’usage, même comme terme de Médecine. Les Nouveaux Vocabulistes auroient dû nous en avertir, plutôt que de s’amuser à nous dire qu’on ne dit point un abortif animal, mais un animal abortif. Ce mot vient du Latin aboriri, qui signifie, Venir avant le temps.

Abortif, Se dit quelquefois activement de ce qui a la vertu de produire l’avortement. Abortum faciens, producens. Des remèdes abortifs. Les remèdes les plus abortifs de leur nature. Il est aussi peu usité dans cette acception que dans l’autre.

ÀBOSI. Ville de l’île de Niphon, au Japon. Abosia, ou Abosium. Elle est dans la principauté de Farima, sur la côte, vis-à-vis l’île Awad. Abosi est une ville défendue par quatre forts. Elle a un grand magasin Impérial, & est gouvernée au nom de l’Empereur du Japon, par un Bugio qui y réside ; un Intendant de l’empereur s’y tient aussi, pour recevoir les revenus de ce Monarque & en avoir soin. Kœmpfer. L. V. p. 183. La carte de Kœmpfer la met environ au 163e degré de longitude, & au 33e de latitude septentrionale.

ABOUCHEMENT. s. f. Entretien de bouche, de vive voix, Conférence, que deux ou plusieurs personnes ont ensemble. Collocutio. L’abouchement des deux princes n’eut pas le succès qu’on en attendoit. Ménager un abouchement entre deux personnes.

Abouchement. Terme d’Anatomie. La rencontre & l’union des orifices de deux vaisseaux, des veines & des artères. Venarum, arterarium concursus.

ABOUCHER. v. a. Faire trouver deux ou plusieurs personnes en un même lieu, pour conférer ensemble. Je les ai abouchés, & ils ont terminé leurs affaires. On le dit plus ordinairement avec le pronom personnel. Il faut que ces chefs de parti s’abouchent ensemble. Les Rois de France & d’Espagne se sont abouchés pour la Paix des Pyrénées en 1659.

Aboucher, se dit aussi dans les Arts, des tuyaux qui entrent l’un dans l’autre, qui se touchent, qui se communiquent. Tubum cum tubo jungere. On le dit particulièrement en Médecine des veines & des artères, & autres vaisseaux qui ont communication, dont les orifices se touchent. Confluere, conjungi.

ABOUCHOUCHOU. s. m. Sorte de drap de l’espèce de ceux qui s’envoient au Levant par la voie de Marseille. C’est un drap de laine qui se fabrique en Languedoc, en Dauphiné & en Provence.

ABOUEMENT. s. m. Terme de menuiserie, synonyme à arrasement. On le dit des joints des traverses avec les montans, & même des joints de tout autre assemblage, lorsque ces joints sont affleurés, ou affleurent, & qu’une des pièces n’excède point l’autre ; en sorte que si l’on passoit l’ongle sur leur union, il ne seroit point arrêté. L’abouement de ces joints est imperceptible.

ABOUGRI, ou plutôt RABOUGRI. Terme dont on se sert dans les forêts, pour signifier des bois de mauvaise venue, dont le tronc est court, raboteux, plein de nœuds, & qui ne poussent guère de branches. Arbor retorrida, perusta, scabra. Le bois abougri n’est point propre pour les ouvrages, & est sujet au recépage.

ABOUNA. s. m. Nom que l’on donne à l’Evêque d’Ethiopie. L’Abouna Jacobite fut rappelé. Mém. des Miss. du Lev. T. IV. p. 284.

ABOUQUEMENT. s. m. En fait de salines, c’est une addition de nouveau sel sur un meulon, ou monceau de vieux sel, qu’on appelle vache. Recentis salis ad veteris cumulum accessio. L’Ordonnance défend l’abouquement, si ce n’est en présence des Officiers Royaux.

ABOUQUER. v. a. Faire un abouquement de nouveau sel sur du vieux sel. Veteri sali recentem addere.

☞ ABOUQUÉ, ÉE. part. Sel abouqué. Nouveau sel ajouté à des monceaux de vieux sel.

☞ ABOUT. s. m. Terme de Charpenterie & de Menuiserie. Voyez Abouts.

ABOUTÉ. adj. Terme de Blason, qui se dit des différentes pièces d’armoiries, dont les bouts se répondent & se joignent en croix. Vellera velleribus in crucem obversa.

☞ ABOUTIGE, Aboutiche ou Abutich. Ville d’Egypte, dans la Thébaïde, à deux lieues Françoises de Siouth. Il y croît quantité de pavots noirs dont on fait le meilleur opium.

ABOUTIR. v. n. Se rendre, se terminer à un certain endroit, en toucher un bout. Terminari. Cette maison aboutit au grand chemin. Tous les rayons d’un cercle aboutissent à son centre. Cette pyramide aboutit en pointe. Vaug.

Aboutir, se dit figurément en Morale, de la fin que les choses peuvent avoir. Spectare, pertinere. Ce procès a abouti enfin à une transaction. On ne sait où aboutiront tous ces grands desseins. Les murmures alloient aboutir à une sédition. Vaug.

Aboutir, se dit aussi en Chirurgie, d’une plaie qui vient à suppuration. Suppurare. On met des emplâtres, des cataplasmes, pour faire aboutir des bubons, des abcès, des froncles, des tumeurs.

Aboutir, en termes de Plombier, signifie, Revêtir de tables minces de plomb blanchi, une corniche, un ornement, ou toute autre saillie d’Architecture & de Sculpture de bois. Plumbeas lamellas operi sculpto super addere. On se sert pour cela de coins, & autres outils, mais en sorte que l’épaisseur du métal n’empêche pas que le profil ne se conserve. Quelques-uns disent amboutir.

Aboutir, en hydraulique, c’est raccorder un gros tuyau sur un petit.

Aboutir, v. n. & n. p. Avec le pronom personnel, se dit en termes de Jardinage, pour signifier, Que les arbres sont boutonnés. Ainsi nos Jardiniers disent : Nos arbres s’aboutissent fort bien cette année. Les poiriers s’aboutirent très-bien l’année passée. Nos pêchers sont bien aboutis. Les Jardiniers ont tiré ce mot de bouton, plutôt que d’aboutir, terme de Médecine ; & l’on dit aboutir, au lieu de boutonner.

☞ ABOUTI, IE. part. Voyez les significations d’aboutir.